Les animaux héros : vrais héros ou belles histoires ? (A1)

Animal heroes: real heroes or nice stories? — Une petite fille doit présenter un animal héros à l’école. Balto a la statue, mais un autre chien a fait le plus dur. Un faux chat héros sur internet, une chienne dans la neige, une pizza qui brûle, et un hamster.

Julie : Les animaux héros : vrais héros, ou belles histoires ?

Théo : Bonjour à tous ! Aujourd’hui, ma nièce a un problème.

Nora : Un problème ? Elle a quel âge, ta nièce ?

Théo : Dix ans. Lundi, elle a un exposé à l’école.

Théo : Et elle est un peu stressée.

Julie : Un exposé sur quel sujet ?

Théo : Un animal héros. Elle doit choisir un seul animal.

Julie : Oh, j’adore ce sujet ! Un chien, évidemment.

Nora : Évidemment ? Pourquoi évidemment ?

Julie : Parce que les chiens sont les vrais héros. Toujours.

Nora : Je ne suis pas d’accord. Derrière un chien, il y a un humain.

Théo : Et moi, je pense que les animaux célèbres, c’est surtout de la publicité.

Julie : De la publicité ? Tu es dur, là.

Théo : Une belle photo, une belle histoire, et tout le monde pleure.

Julie : Écoute : des chiens d’avalanche, des pigeons voyageurs, des chevaux de pompiers d’autrefois, des chiens guides d’aveugles, des rats démineurs, des dauphins sauveteurs…

Nora : Des rats démineurs ? Ça existe vraiment ?

Julie : Oui. Ils sentent les mines dans la terre, avec leur nez.

Théo : D’accord. Mais personne ne fait une statue pour un rat.

Nora : Bon. Ta nièce, elle pense à quel animal ?

Théo : Elle a trouvé un chien sur internet. Il s’appelle Balto.

Julie : Balto ! Le chien de traîneau ! Je connais son histoire.

Nora : Tu peux la raconter ? Simplement, pour nos auditeurs.

Julie : C’est en Alaska, il y a un siècle, en hiver.

Julie : Dans une petite ville, des enfants sont très malades.

Théo : C’est une maladie grave ?

Julie : Oui, très grave. Et le médicament est très loin.

Nora : Il n’y a pas d’avion ? Pas de route ?

Julie : Pas d’avion possible. Dehors, il fait un temps de chien, jour et nuit.

Nora : Alors, qui apporte le médicament ?

Julie : Des équipes de chiens, avec des traîneaux. Comme un relais.

Théo : Un relais ? Comme à la course, avec un bâton ?

Julie : Oui. Une équipe court, puis elle donne la boîte à la suivante.

Nora : Et Balto, il court où, dans ce relais ?

Julie : À la fin. Il arrive dans la ville avec le médicament.

Théo : Et toute la ville l’attend, bien sûr.

Julie : Les journaux, les photos… Il devient une star.

Julie : Après, on lui fait une statue à New York, dans un grand parc.

Nora : Une statue ! Pour un chien !

Théo : Tu vois ? Les journaux, les photos, la statue. C’est de la publicité.

Julie : Non, c’est de la reconnaissance. Il a sauvé des enfants !

Nora : Lui tout seul ? Je ne crois pas.

Nora : J’ai lu un peu sur cette histoire. Il y a un autre chien.

Théo : Un autre chien ? Un chien secret ?

Nora : Pas secret. Oublié. Il s’appelle Togo.

Julie : Ah, oui… Togo. Je connais aussi.

Nora : Togo a couru la partie la plus longue du relais.

Nora : Et la plus dangereuse. Sur la glace, au-dessus de la mer.

Théo : Sur la mer gelée ? Avec un traîneau ?

Nora : Oui. La glace peut casser à tout moment.

Théo : Et la partie de Balto ? Elle était longue ?

Nora : Beaucoup plus courte. Vraiment beaucoup plus courte.

Théo : Attends. Le chien de la partie courte a la statue ?

Nora : Oui. Et le grand héros, Togo, personne ne le connaît.

Théo : C’est incroyable. Donc Balto a volé la vedette à Togo, le vrai héros.

Julie : Ce n’est pas la faute de Balto ! Il a couru, lui aussi.

Nora : C’est juste. Ce n’est pas la faute du chien. C’est la faute des journaux.

Théo : Les journalistes attendent à l’arrivée, avec leurs photos.

Théo : Pas au milieu de la glace, dans le froid.

Julie : D’accord. Mais Togo est un héros. Donc les chiens sont des héros.

Nora : Et qui guide Togo, sur la glace, la nuit ?

Julie : Un homme. Le meneur de chiens.

Nora : Un humain. Il a froid, il a peur, et il décide tout.

Julie : Il décide, oui. Mais dans la tempête, il ne voit rien.

Julie : Le chien, lui, trouve le chemin. Les chiens ont du flair, tu sais.

Théo : Un bon nez, oui. Mais ils ne savent pas pourquoi ils courent.

Julie : Il ne sait pas, mais il court quand même. C’est courageux.

Théo : Ou il court parce qu’il aime courir.

Nora : Et il y a d’autres humains. Les médecins, les infirmières.

Nora : Ils soignent les enfants, jour et nuit, sans dormir.

Julie : Mais sans le médicament, ils ne peuvent rien faire.

Théo : Tout le monde a besoin de tout le monde. Mais seul le chien a une statue.

Julie : Bon. J’ai une autre histoire, pour toi.

Julie : Une chienne anglaise. Elle s’appelle Judy.

Nora : Une chienne de traîneau, elle aussi ?

Julie : Non. Elle vivait sur un bateau de guerre.

Julie : C’était pendant la Seconde Guerre mondiale.

Théo : Un chien sur un bateau ? Pour quoi faire ?

Julie : On raconte qu’elle entendait les avions avant les marins.

Julie : Plus tard, les marins sont faits prisonniers. Et la chienne aussi.

Théo : Prisonnière ? Une chienne prisonnière ?

Julie : Oui. Elle est enregistrée comme prisonnière de guerre. Officiellement.

Nora : C’est fou. Avec un nom sur une liste ?

Julie : Avec un nom sur une liste. Comme les marins.

Théo : Et elle a sauvé quelqu’un, cette chienne ?

Julie : Elle a aidé les prisonniers. Elle leur donnait du courage.

Nora : Donner du courage, c’est déjà beaucoup. Ça, je l’accepte.

Julie : Et après la guerre, elle a reçu une médaille.

Théo : Une médaille ! Encore la publicité.

Nora : Tu dis ça pour tout, toi.

Théo : Parce que c’est souvent juste ! Regarde Hachiko.

Julie : Hachiko ! Le chien japonais qui attend à la gare !

Théo : Il attend son maître, tous les jours, pendant des années.

Nora : Et le maître ne revient jamais. Il est mort. C’est triste.

Théo : Très triste. Mais tout le monde connaît son histoire.

Théo : Aujourd’hui, il y a une statue de lui, à la gare, à Tokyo.

Julie : Lui aussi, c’est un héros !

Nora : Un héros ? Il n’a sauvé personne. Il a attendu.

Julie : Il est fidèle. C’est une autre forme de courage.

Nora : Fidèle, oui. Courageux, non. Ce n’est pas pareil.

Théo : Pour une fois, je suis d’accord avec toi.

Julie : Tout le monde est contre moi, maintenant ?

Nora : Pas contre toi. Contre les statues.

Julie : Et les dauphins ? On raconte que des dauphins protègent des nageurs.

Théo : On raconte, oui. Personne ne demande l’avis du dauphin.

Nora : Et les requins ? Il y a aussi des histoires de requins ?

Julie : On raconte que des dauphins chassent un requin, autour d’un surfeur.

Théo : Des histoires parfaites pour une vidéo. Je connais bien ça.

Nora : Tu connais bien ça ? Comment ça, tu connais bien ça ?

Théo : Bon. J’ai une confession à faire.

Théo : Mon chat est un peu célèbre sur internet.

Julie : Ton chat ? Ce gros chat qui dort toute la journée ?

Théo : Lui-même. Le mois dernier, j’ai posté une vidéo de lui.

Nora : Une vidéo de quoi ? De ton chat qui dort ?

Théo : Il fait tomber un verre de la table. Un verre d’eau.

Julie : Normal. Tous les chats font ça.

Théo : Oui. Mais sous la vidéo, j’ai écrit : « Mon chat me sauve d’une araignée. »

Nora : Il y avait vraiment une araignée ?

Théo : Non. Pas d’araignée. Juste un verre et un chat.

Julie : Tu as menti à tout internet !

Théo : Un petit peu. Et la vidéo a eu des milliers de vues.

Nora : Ton chat a volé la vedette à tous les vrais héros de l’histoire !

Théo : Et voilà la preuve. Une belle histoire, et tout le monde y croit.

Julie : Ça prouve une chose : toi, tu es un menteur.

Théo : Un menteur avec beaucoup d’abonnés.

Nora : Et les gens, ils ont écrit quoi ?

Théo : Des messages d’amour. Et des cadeaux. Des croquettes, des jouets…

Julie : Des cadeaux ? Pour un faux héros ?

Théo : Mon chat mange mieux que moi, maintenant.

Nora : Bravo. La publicité, version chat.

Julie : Moi, j’ai honte pour ton chat.

Théo : Lui, il n’a pas honte. Il dort sur les croquettes.

Nora : Moi, j’ai une vraie histoire. Une histoire de famille.

Nora : Mon grand-père était sauveteur en montagne.

Julie : Avec un chien ? Un chien de sauvetage ?

Nora : Oui, une grande chienne noire. Elle s’appelait Neige.

Théo : Une chienne noire qui s’appelle Neige ? C’est drôle.

Nora : Un jour, un skieur disparaît sous une avalanche.

Julie : Sous la neige ? Mais c’est très dangereux !

Nora : Très dangereux. Et ce jour-là, en montagne, il fait un temps de chien.

Théo : Encore la tempête. Comme en Alaska.

Nora : La chienne court sur la neige. Elle sent quelque chose. Elle gratte.

Julie : Tu vois ? Les chiens ont du flair ! Même dans une tempête de neige.

Nora : Oui, elle a trouvé l’endroit. Mais après, qui creuse ?

Théo : Ton grand-père, je suppose.

Nora : Mon grand-père, avec une pelle, pendant une heure. Dans le froid.

Julie : Et le skieur ? Il est vivant ?

Nora : Vivant. Très froid, mais vivant.

Théo : Alors, le héros, c’est la chienne ou le grand-père ?

Nora : Ma grand-mère dit : « Les deux. Et la pelle aussi. »

Julie : J’adore ta grand-mère.

Nora : Après, le skieur a envoyé une carte chaque Noël.

Nora : Pas au grand-père. À la chienne.

Théo : Et ton grand-père ? Il n’était pas jaloux ?

Nora : Un peu jaloux, oui. Mais il gardait les cartes dans un tiroir.

Théo : Même dans ta famille, le chien a volé la vedette au grand-père.

Julie : Moi aussi, j’ai une histoire de héros.

Julie : Avec mon chien, le mois dernier.

Théo : Ton chien ? Le chien le plus paresseux du quartier ?

Julie : Oui, lui. Une nuit, il aboie, il aboie, très fort.

Nora : Ton chien ? Il ne fait jamais ça, normalement.

Julie : Jamais. Je me lève. La cuisine est pleine de fumée.

Théo : De la fumée ! Un incendie ?

Julie : Presque. J’ai oublié le four allumé, avec une pizza dedans.

Nora : Ton chien t’a sauvé la vie !

Julie : C’est ce que je pense. Mon héros.

Théo : Ou il voulait la pizza.

Julie : Bon… il a mangé la pizza, après. Toute la pizza.

Nora : Un héros payé en pizza.

Théo : Courageux et gourmand. Un vrai héros moderne.

Julie : Gourmand, oui. Mais il a aboyé. C’est un héros.

Nora : Je te donne ce point. Ton chien a fait son travail.

Théo : Bon, et ma nièce ? Elle présente quel animal, lundi ?

Julie : Togo ! Le vrai héros oublié de la glace.

Nora : Togo, et son meneur. Le chien et l’humain, ensemble.

Théo : Et une partie sur la publicité. Pourquoi Balto a la statue.

Julie : Ça fait un exposé complet, ça.

Théo : Oh ! Ma nièce vient de m’écrire.

Théo : Elle nous écoute, en ce moment, dans sa chambre.

Julie : Elle nous écoute ? Et elle a choisi son animal ?

Théo : Elle écrit : « Pas Balto, pas Togo. Mon hamster. »

Nora : Son hamster ? Pourquoi son hamster ?

Théo : « Il fait du bruit la nuit. Avec lui, je n’ai jamais peur. »

Julie : C’est mignon. Un héros de la nuit.

Nora : Un héros sans statue, sans journal, sans vidéo.

Théo : Pour l’instant. Moi, je peux faire une petite vidéo…

Julie : Non ! Pas de fausse vidéo pour le hamster !

Nora : Laisse ce pauvre hamster tranquille.

Théo : D’accord, d’accord. Pas de vidéo.

Théo : Et toi, qui écoutes : un animal t’a déjà sauvé ?

Julie : Un chien, un chat, un cheval… ou un hamster ?

Nora : Raconte-nous ton histoire. Une vraie, s’il te plaît.

Théo : Et sans araignée inventée.