La lessive : astuces qui marchent, astuces qui mentent (A1)

Laundry: tricks that work, tricks that lie — Une chemise blanche pour un rendez-vous, une tache de tomate, une machine trop pleine. Une histoire de chemise rose, un téléphone lavé, un secret de vinaigre, et une photo qui arrive pendant l’émission.

Camille : La lessive : astuces qui marchent, astuces qui mentent.

Karim : Bonjour à tous ! Aujourd’hui, le sujet, c’est la lessive.

Manon : La lessive ? Sérieusement ? J’en fais trois par semaine.

Camille : Et moi, j’adore ça. J’ai plein d’astuces de ma grand-mère.

Karim : Et moi, je regarde des vidéos d’astuces. Tous les soirs.

Manon : Tu les regardes, oui. Mais tu les essaies ?

Karim : Vinaigre blanc, bicarbonate de soude, citron, balles de tennis, dentifrice, mayonnaise, glaçons, aspirine, liquide vaisselle… Je connais tout. Je n’essaie rien.

Camille : Alors tu es un expert… sans expérience.

Karim : Exactement. Et aujourd’hui, j’ai besoin de vous deux.

Manon : De nous ? Pourquoi ?

Karim : Samedi, j’ai un rendez-vous. Un rendez-vous important.

Camille : Un rendez-vous amoureux ?

Karim : Oui. Et j’ai une seule belle chemise. Une chemise blanche.

Manon : Et elle a un problème, je suppose.

Karim : Une tache de sauce tomate. Juste devant.

Camille : Elle est d’aujourd’hui ? D’hier ?

Karim : D’hier soir. Des spaghettis, avec beaucoup de sauce.

Camille : Alors c’est facile. Un peu d’eau froide et du savon de Marseille.

Camille : Tu frottes un peu avec les doigts, et ça part. C’est un truc de grand-mère.

Karim : Une vieille astuce de famille, quoi.

Camille : Oui. Et celle-là marche vraiment, si c’est frais.

Manon : Je suis d’accord. Pour une tache fraîche, le savon, c’est bien.

Karim : Petit problème. La chemise n’est pas ici.

Camille : Elle est où ?

Karim : Dans ma machine. Je l’ai lancée avant de venir.

Manon : Sans savon avant ? Directement dans la machine ?

Karim : Directement. J’ai tout mis dedans, et j’ai appuyé.

Camille : Tout ? Alors la machine est pleine ?

Karim : Pleine jusqu’en haut. Je déteste faire deux machines.

Karim : Deux machines dans la même soirée, avec mon travail, c’est la galère.

Manon : Difficile et long ? Non. C’est dix minutes de travail en plus.

Camille : Et une machine trop pleine, ça lave mal.

Manon : Les vêtements ne bougent pas. L’eau ne passe pas partout.

Camille : Il faut garder de la place. Environ une main, en haut.

Karim : Une main. D’accord. Et la température ? J’ai mis trente degrés.

Manon : Trente, c’est parfait. Je lave presque tout à trente.

Camille : Je mets souvent quarante, moi. Ma grand-mère lavait ses draps à quatre-vingt-dix !

Karim : À quatre-vingt-dix ? Dans une machine ?

Camille : Non, dans une grande casserole, sur le feu.

Manon : Pour les draps, pourquoi pas. Mais pour tous les jours, trente, ça suffit.

Camille : Bon, d’accord. Et c’est moins cher : la machine chauffe moins.

Karim : Trente degrés : un bon point pour moi !

Manon : Un point par hasard, oui.

Manon : Mais j’ai une question. Tu as vérifié tes poches ?

Karim : Pourquoi ? Elles sont vides, je pense.

Camille : Oh là là. Elle va raconter l’histoire de la chemise.

Manon : Oui. Parce que c’est une histoire vraie. Et un peu triste.

Karim : Une histoire triste de lessive ? Je veux l’entendre.

Manon : Il y a deux ans, j’avais un entretien pour un travail.

Manon : J’avais une chemise blanche, toute neuve. Très chère.

Camille : La veille, le soir, tu as lancé une machine.

Manon : Avec la chemise, un pantalon, des serviettes…

Karim : Et une chaussette rouge. Je le sens.

Manon : Une chaussette rouge. Cachée dans la jambe du pantalon.

Camille : Le pire endroit. On ne la voit pas.

Manon : Le lendemain matin, la chemise était sèche. Et rose.

Karim : Rose ? Rose comment ?

Manon : Rose bonbon. Et l’entretien était à neuf heures.

Karim : Tu n’avais pas une autre chemise ?

Manon : Non. Et à huit heures, les magasins étaient fermés.

Camille : Alors elle a mis la chemise rose. Avec un grand sourire.

Manon : Avec un grand sourire, oui. Mais je n’étais pas fière.

Karim : Et tu as eu le travail ?

Manon : Oui ! Et la directrice m’a dit : « J’adore votre chemise. »

Karim : Non ! C’est trop beau !

Manon : Je travaille toujours là-bas. Et je garde la chemise.

Camille : C’est sa chemise porte-bonheur, maintenant.

Karim : Une chemise porte-bonheur… Elle donne de la chance ?

Manon : Peut-être. Mais maintenant, je vérifie tout : les poches, les jambes.

Camille : Et tu secoues chaque vêtement avant la machine.

Karim : Secouer ? Comme ça, avec les deux mains ?

Manon : Oui. Si une chaussette tombe, tu la vois.

Manon : Et je mets toujours une feuille spéciale dans la machine.

Karim : Une feuille ? Comme du papier ?

Manon : Un peu. Dans l’eau, elle attrape les couleurs.

Camille : Et dans ta machine, ce matin, il y a du rouge ?

Karim : Non, je ne crois pas. Mais je n’ai pas regardé.

Manon : Tu n’as pas regardé. Évidemment.

Camille : Et pour l’odeur ? Tu as mis quoi, dans ta machine ?

Karim : De la lessive. Et de l’adoucissant, pour faire doux.

Camille : L’adoucissant, je n’en achète plus. Je mets du vinaigre blanc.

Manon : Et ton linge sent la salade ?

Camille : Mais non ! L’odeur part quand le linge sèche.

Karim : Ça, je l’ai vu dans une vidéo. Contre les mauvaises odeurs.

Camille : Oui, pour les vêtements de sport, c’est pratique.

Karim : Mes t-shirts de course sentent très fort. Mon voisin change de trottoir.

Manon : Ton voisin a raison.

Camille : Une petite tasse de vinaigre, et c’est fini. Pas plus.

Manon : Pourquoi pas plus ? Si c’est bon, plus, c’est mieux, non ?

Camille : Non. Trop, ce n’est pas bon non plus.

Karim : Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

Camille : Euh… c’est mauvais pour la laine. Pour les pulls.

Karim : Ta voix a changé. Tu caches quelque chose.

Camille : Moi ? Rien du tout. Et le sel, alors ?

Manon : Le sel ? Sur le vin rouge ?

Karim : Oui ! Dans mes vidéos : du sel sur le vin, et la tache part.

Manon : J’ai essayé. Sur une nappe blanche, à Noël.

Camille : Et alors ? Ça a marché ?

Manon : Le sel est devenu rose. Le vin est resté.

Karim : Donc la vidéo ment ?

Camille : Un peu. Le sel boit un peu de vin, au début.

Camille : Mais après, il faut laver. Ce n’est pas magique.

Manon : De l’eau froide, tout de suite. Souvent, ça marche mieux.

Karim : Encore une vidéo à la poubelle.

Karim : Bon. Moi aussi, j’ai une histoire de machine.

Manon : Toi ? Une catastrophe ? Raconte.

Karim : Le mois dernier, j’ai lavé mon téléphone.

Camille : Ton téléphone ? Dans la machine ?

Karim : Dans la poche de mon jean. Quarante minutes à trente degrés.

Manon : Au moins, la température était bonne.

Karim : Merci. Après, je l’ai mis dans un sac de riz.

Karim : Deux jours dans le riz, comme dans les vidéos.

Camille : Et il a marché ?

Karim : Non. Mort. Mais le riz était très bon, avec du fromage.

Manon : Tu as mangé le riz du téléphone ?

Karim : Il était propre ! Enfin… presque.

Camille : Pour un téléphone, le riz, ce n’est pas une solution sûre.

Manon : Il faut l’éteindre tout de suite.

Manon : Et après, aller dans un magasin de réparation.

Karim : Éteindre, laisser sécher, réparer. Pas de riz. Compris.

Manon : Bon. Et maintenant, ton secret. Tu sais, la voix qui change.

Camille : Quel secret ? Il n’y a pas de secret.

Karim : Si, si. On a entendu. Allez, raconte.

Camille : Bon… La semaine dernière, il y avait de l’eau par terre.

Manon : Sous ta machine ?

Camille : Oui. Une grande flaque d’eau, dans la cuisine.

Camille : Alors un homme est venu pour la réparer.

Karim : Et alors ? Qu’est-ce qu’il a trouvé ?

Camille : Autour de la porte, il y a un joint en caoutchouc.

Karim : Le grand rond noir, autour de la porte ?

Camille : Oui. Il était abîmé, un peu cassé. Et l’homme m’a demandé une chose.

Manon : Laisse-moi deviner… ta petite tasse ?

Camille : Il a dit : « Vous mettez beaucoup de vinaigre, madame ? »

Karim : Non ! Et tu as répondu quoi ?

Camille : La vérité. Une grande tasse.

Camille : Dans chaque machine. Depuis cinq ans.

Manon : Une grande tasse ! Et à nous, tu dis : une petite tasse !

Camille : Maintenant, oui ! Trop, et trop souvent, ça abîme le caoutchouc.

Karim : Et la réparation, elle a coûté combien ?

Camille : Cent euros de réparation. Tout ça pour un petit truc de grand-mère.

Manon : Donc ta grand-mère avait tort ?

Camille : Non ! Sa machine, c’était une casserole. Pas de caoutchouc !

Karim : Ça, c’est un bon argument.

Camille : Maintenant, une petite tasse. Et pas à chaque machine.

Karim : Oh, un message. C’est mon coloc.

Camille : Ton coloc ? Il habite avec toi ?

Karim : Oui. Ma machine est finie.

Karim : Il a ouvert la porte, et il envoie une photo.

Manon : Une photo ? Montre !

Karim : Bonne nouvelle : la tache de tomate est partie.

Camille : À trente degrés, avec une sauce d’hier, ça part souvent.

Karim : Mauvaise nouvelle : la chemise est rose.

Manon : Rose ? Mais tu n’as pas de chaussette rouge !

Karim : Non… Mais il y a mon maillot de foot.

Karim : Rouge. Tout neuf. Un cadeau de mon frère.

Camille : Un vêtement rouge tout neuf, avec du blanc. Comme elle.

Manon : Écoute bien. Il ne faut pas la sécher.

Manon : Surtout pas au sèche-linge.

Karim : Pourquoi ? Elle est mouillée.

Manon : Avec la chaleur, la couleur reste souvent pour toujours.

Camille : Il faut relaver tout de suite. Avec une feuille, cette fois.

Karim : Ma mère m’a donné une boîte de feuilles !

Karim : Elle est sous l’évier. Je ne l’ai jamais ouverte.

Manon : Une boîte pleine, sous ton évier ? Alors ça tombe à pic, aujourd’hui !

Camille : Oui, au bon moment !

Karim : J’écris à mon coloc. La boîte, trente degrés, pas de sèche-linge.

Manon : Et la chemise seule. Sans le maillot !

Karim : Sans le maillot. Je l’écris en grand.

Camille : Tu vois ? Tu fais une vraie astuce. Ta première.

Karim : Une vraie astuce, enfin… et elle vient de ma mère.

Manon : Pas une vidéo, donc.

Karim : Non. Je vais peut-être arrêter les vidéos.

Camille : Peut-être ?

Karim : Une vidéo par soir. Pas dix.

Manon : Et la chemise, elle va redevenir blanche ?

Camille : Si on relave vite, souvent, oui. Mais pas toujours.

Karim : Je vais savoir ce soir. Blanche, ou un peu rose.

Manon : Blanche ou rose, mets-la samedi.

Karim : Même rose ?

Manon : Surtout rose. Pour moi, le rose, ça a porté chance.

Camille : Et si ton rendez-vous dit : « J’adore ta chemise » ?

Karim : Je dis merci. Et je ne raconte pas l’histoire.

Manon : Sauf au deuxième rendez-vous.

Manon : Et toi qui écoutes : ce soir, avant ta lessive, mets la main dans tes poches.

Camille : Un mouchoir, une clé, une chaussette ? Dis-nous ce que tu trouves.

Karim : Ou un téléphone. Vérifie bien, je t’en prie.