Le Petit Prince : les secrets du livre français le plus lu au monde (A2)
The Little Prince: secrets of the most-read French book in the world — Traduit dans plus de cinq cents langues et dialectes, Le Petit Prince touche les enfants comme les adultes depuis mille neuf cent quarante-trois. Nos deux hôtes racontent la vie d’aviateur d’Antoine de Saint-Exupéry, sa panne dans le désert, la rose, le renard et les anecdotes incroyables autour de ce chef-d’œuvre.
Bastien : Le Petit Prince : les secrets du livre français le plus lu au monde.
Camille : Bonjour ! Je vois que tu regardes sur la table ce petit livre blanc avec un garçon blond debout sur une planète.
Bastien : Bonjour ! Oui, je relisais hier soir Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.
Camille : Chaque fois que j’ouvre ce livre, à dix ans, à vingt ans ou aujourd’hui, je découvre quelque chose de nouveau !
Bastien : C’est fou : presque tout le monde sur Terre connaît au moins un dessin ou une phrase de ce conte.
Camille : Et les chiffres donnent le tournis : ce conte poétique est le livre le plus traduit au monde après la Bible !
Bastien : Dans combien de langues existe-t-il aujourd’hui ?
Camille : Il est traduit dans plus de cinq cent cinquante langues et dialectes régionaux sur tous les continents !
Camille : On peut le lire en breton, en quechua, en maya, en braille et même en alphabet morse !
Bastien : Plus de cinq cent cinquante langues, et plus de deux cents millions d’exemplaires vendus !
Camille : Mais avant de parler du livre, raconte-nous qui était vraiment son auteur, Antoine de Saint-Exupéry.
Bastien : Saint-Exupéry est né à Lyon en mille neuf cent, et dès son enfance, il rêvait de voler dans le ciel.
Bastien : Dans les années mille neuf cent vingt, il est devenu l’un des grands pionniers de l’Aéropostale !
Camille : Qu’est-ce que c’était, l’aventure de l’Aéropostale à cette époque ?
Bastien : Les pilotes transportaient le courrier et les lettres d’amour dans un petit avion fragile entre la France, le désert du Sahara et l’Amérique du Sud.
Bastien : Le cockpit de l’avion était ouvert au vent, il n’y avait pas de radar, et les pilotes se guidaient la nuit en regardant chaque étoile !
Camille : On comprend tout de suite pourquoi les étoiles et le ciel nocturne sont partout dans ce récit.
Bastien : Et surtout, la scène du début du livre, où le pilote tombe en panne dans le désert, est une histoire cent pour cent vraie !
Camille : Saint-Exupéry a vraiment eu un accident d’avion au milieu du désert ?
Bastien : Oui ! En décembre mille neuf cent trente-cinq, il tentait de battre le record de vitesse entre Paris et Saïgon avec son mécanicien.
Bastien : En pleine nuit, leur avion a heurté une dune de sable dans le désert de Libye, à des centaines de kilomètres de tout village.
Camille : Comment ont-ils survécu sans eau sous le soleil brûlant ?
Bastien : Ils avaient seulement une orange, quelques grains de raisin et un tout petit peu de café dans une bouteille cassée !
Bastien : Ils ont marché quatre jours dans le désert, ils avaient des mirages, jusqu’à ce qu’un Bédouin sur un chameau leur sauve la vie.
Camille : C’est dans ce désert de Libye que Saint-Exupéry a vu pour la première fois un petit renard des sables aux grandes oreilles, le fennec !
Bastien : Ce petit fennec du désert est devenu le célèbre renard du Petit Prince huit ans plus tard.
Camille : Non, attends, beaucoup de gens croient que le livre a été écrit en France : en réalité, il est né à New York !
Bastien : Pourquoi Saint-Exupéry vivait-il aux États-Unis en mille neuf cent quarante-deux ?
Camille : Pendant la Seconde Guerre mondiale, après la défaite de mille neuf cent quarante, il était parti à New York pour convaincre les Américains d’aider la France.
Camille : Un jour, au restaurant avec son éditeur américain, Saint-Exupéry a dessiné sur la nappe en papier un petit garçon aux cheveux d’or.
Bastien : Sur la nappe du restaurant ? Et que lui a dit l’éditeur ?
Camille : L’éditeur a adoré ce petit bonhomme et lui a demandé d’écrire un conte pour Noël !
Camille : Saint-Exupéry a acheté une boîte d’aquarelles d’écolier et il s’est mis à écrire et à dessiner nuit et jour dans une maison de Long Island.
Bastien : Dans le livre, le narrateur dit dès la première page qu’il ne sait pas dessiner, à part les boas fermés et les boas ouverts !
Camille : Oui, le fameux dessin du serpent boa qui a avalé un éléphant, alors que les grandes personnes voient seulement un chapeau !
Bastien : Et quand l’enfant apparaît au milieu du désert, il prononce ces mots que nous connaissons tous par cœur : s’il vous plaît, dessine-moi un mouton !
Camille : Le pilote essaie trois fois de dessiner un mouton, mais l’enfant trouve le premier trop malade, le deuxième trop cornu et le troisième trop vieux.
Bastien : Alors le pilote perd patience : il dessine une simple boîte rectangulaire avec trois petits trous et dit : le mouton que tu veux est dedans !
Camille : Et le visage du Petit Prince s’illumine ! Parce qu’avec l’imagination d’un enfant, on voit à travers les murs de la caisse.
Bastien : C’est déjà toute la philosophie du livre dès le deuxième chapitre.
Camille : D’où vient exactement le Petit Prince dans l’histoire ? Comment est sa planète ?
Bastien : Il habite sur un tout petit astéroïde pas plus grand qu’une maison, que les astronomes appellent B six cent douze !
Bastien : Sur sa planète, il y a trois petits volcans pas plus hauts que le genou : deux volcans en activité pour faire chauffer son petit-déjeuner, et un volcan éteint.
Camille : Mais savais-tu d’où viennent les trois volcans et la rose du Petit Prince dans la vraie vie de Saint-Exupéry ?
Bastien : Raconte-moi ce secret !
Camille : L’épouse d’Antoine de Saint-Exupéry s’appelait Consuelo, et elle était originaire du Salvador, juste à côté du Guatemala en Amérique centrale !
Camille : Consuelo racontait toujours sa terre natale entourée de trois volcans, et comme elle avait un petit asthme fragile, elle toussait parfois pour émouvoir son mari.
Bastien : Tout comme la rose du Petit Prince qui tousse sous son globe de verre et craint les courants d’air !
Camille : Oui ! Consuelo était à la fois coquette, fière, fragile et unique au monde aux yeux d’Antoine : tout le livre est une déclaration d’amour pour elle.
Bastien : C’est magnifique !
Camille : Et pendant son voyage dans l’espace avant d’arriver sur la Terre, le Petit Prince visite six petites planètes voisines.
Bastien : Sur chaque planète habite une grande personne un peu ridicule : le roi sans sujet, le vaniteux, le businessman qui compte les étoiles, l’allumeur de réverbères et le géographe.
Camille : Le businessman passe ses journées à additionner des millions d’étoiles sur un bout de papier en disant : je les possède parce que je les mets à la banque !
Bastien : Et le Petit Prince lui répond avec bon sens : moi, je possède une fleur que j’arrose tous les jours et trois volcans que je ramone toutes les semaines, car je leur suis utile !
Camille : Cette critique douce du monde moderne nous aide vraiment à ouvrir les yeux sur nos propres vies d’adultes toujours pressés.
Bastien : Puis le Petit Prince arrive sur la Terre et rencontre dans un jardin cinq mille roses toutes pareilles à sa fleur !
Camille : Au début, il pleure dans l’herbe parce qu’il croyait que sa rose était la seule de son espèce dans tout l’univers.
Bastien : Oui, mais c’est à ce moment précis qu’apparaît le renard sous le pommier pour lui montrer la vérité !
Camille : Le chapitre vingt et un, celui de la rencontre avec le renard, est sans doute le plus beau dialogue de toute la littérature française.
Bastien : L’enfant blond veut jouer tout de suite avec lui, mais le renard lui dit : je ne puis pas jouer avec toi, je ne suis pas apprivoisé !
Camille : Et quand l’enfant demande ce que signifie apprivoiser, le renard donne cette définition merveilleuse : ça signifie créer des liens.
Bastien : Créer des liens ! Le renard lui explique : si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre, et tu seras pour moi unique au monde.
Camille : Et même la couleur dorée des champs de blé rappellera au renard la couleur des cheveux d’or de son ami !
Bastien : Pas forcément facile à l’heure de notre époque numérique où tout va en un clic : le renard rappelle qu’il faut beaucoup de patience pour créer des liens.
Camille : Oui ! C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
Bastien : Et au moment des adieux, le renard lui offre en cadeau son célèbre secret : on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.
Camille : Combien de générations ont appris ce secret par cœur à l’école et dans leur vie ?
Bastien : Des millions ! Mais connais-tu la fin mystérieuse de la vie d’Antoine de Saint-Exupéry ?
Camille : Quelques semaines après avoir terminé Le Petit Prince en mille neuf cent quarante-trois, il a rejoint son escadrille d’aviation en Méditerranée.
Bastien : Et le trente et un juillet mille neuf cent quarante-quatre, il a décollé de Corse à bord de son avion de reconnaissance et il n’est jamais revenu.
Camille : Il a disparu dans le ciel et dans la mer sans même avoir vu son livre publié en France après la Libération !
Bastien : Pendant plus de cinquante ans, personne ne savait où son avion avait disparu.
Camille : Jusqu’au jour extraordinaire de mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit où un pêcheur de Marseille a remonté dans son filet une gourmette en argent !
Bastien : Une gourmette au fond de la mer ? Qu’y avait-il gravé dessus ?
Camille : Il y avait gravé le nom d’Antoine de Saint-Exupéry, le prénom de son épouse Consuelo, et l’adresse de l’éditeur new-yorkais du Petit Prince !
Bastien : J’en ai des frissons : même au fond de l’eau, l’histoire de l’aviateur, de sa rose et de son livre restait attachée ensemble.
Camille : Et où se trouve aujourd’hui le manuscrit original du Petit Prince avec les aquarelles peintes par Saint-Exupéry ?
Bastien : Il est précieusement conservé à la bibliothèque Morgan à New York, sur du papier très fin où l’on voit même quelques traces de café et de peinture !
Camille : D’ailleurs, les astronomes ont même donné le nom de Petit-Prince à une vraie petite lune qui tourne autour d’un astéroïde dans l’espace !
Bastien : C’est merveilleux !
Camille : Oui, absolument !
Bastien : Et savais-tu qu’en France, avant l’arrivée de l’euro, le billet de cinquante francs portait le portrait de Saint-Exupéry et du Petit Prince ?
Camille : Oh oui, le joli billet bleu de cinquante francs ! On y voyait même le dessin du boa qui a avalé un éléphant !
Bastien : Avec une loupe, on pouvait lire une phrase minuscule cachée sur le billet : le secret du renard écrit en toutes petites lettres.
Camille : Quel clin d’œil génial !
Bastien : Et au Japon, à Hakone, ou en Alsace en France, il existe même des musées et des parcs entiers consacrés à l’univers du Petit Prince.
Camille : Dans les écoles du monde entier, c’est souvent le tout premier vrai livre que les élèves lisent quand ils apprennent le français.
Camille : Parce que les phrases de Saint-Exupéry sont simples et claires comme de l’eau de source, mais pleines d’une poésie profonde.
Camille : Un enfant de huit ans sourit devant le mouton dans sa boîte, et un grand-père de quatre-vingts ans est ému par la fidélité à la rose.
Bastien : C’est si vrai.
Camille : Et toi, quel personnage des petites planètes t’a le plus fait réfléchir quand tu étais enfant ?
Bastien : J’aimais beaucoup l’allumeur de réverbères sur sa toute petite planète où le jour dure seulement une minute !
Camille : Pourquoi le Petit Prince aime-t-il autant cet allumeur de réverbères ?
Bastien : Parce que c’est le seul adulte qui s’occupe d’autre chose que de lui-même : quand il allume son réverbère, c’est comme s’il faisait naître une étoile de plus ou une fleur !
Camille : C’est un métier magnifique.
Bastien : Ainsi, quand nous levons la tête vers la nuit étoilée, le Petit Prince est vraiment là-haut parmi les étoiles.
Camille : Comme l’écrit Saint-Exupéry à la dernière page : quand tu regarderas le ciel, la nuit, toutes les étoiles riront comme cinq cents millions de grelots !
Bastien : Si vous n’avez pas relu Le Petit Prince depuis longtemps, ouvrez-le ce soir : il aide toujours à ouvrir les yeux sur l’essentiel.
Camille : Merci pour cette plongée poétique dans l’histoire de notre petit livre préféré !
Bastien : Merci à tous nos auditeurs, gardez bien le secret du renard dans votre cœur et à très bientôt !