Les pires vacances (A2)

The worst vacation — Valise perdue, tente inondée, hôtel avec vue sur un parking : quatre amis comparent leurs pires vacances et se disputent le titre de la plus grande galère.

Lucie : Mes pires vacances ? Franchement, personne ne bat les miennes.

Karim : Personne ? Tu rigoles, Lucie.

Lucie : J'ai oublié mon passeport. À l'aéroport. Devant la porte d'embarquement.

Paul : Et alors ? Ce n'est pas la fin du monde.

Lucie : Laisse-moi finir. Ma mère a pris un taxi avec le passeport. Deux heures de route.

Lucie : Je l'ai attendue en pyjama dans le hall, parce que ma valise était déjà partie.

Margot : En pyjama ? Au milieu de l'aéroport ?

Lucie : Oui. Avec des chaussons à lapin.

Karim : Ha ! Des chaussons à lapin !

Paul : Bon, c'est drôle. Mais ce n'est pas des vacances ratées. Tu es partie, non ?

Lucie : Oui, mais j'avais perdu mon avion du matin et mon calme.

Karim : Moi, j'ai mieux. L'année dernière, à Lisbonne, ma valise n'est jamais arrivée.

Karim : Je suis resté quatre jours avec les mêmes vêtements. Les mêmes chaussettes, Paul.

Karim : Le troisième jour, je suis entré dans une boutique et j'ai acheté un tee-shirt. Le seul à ma taille : « I love Lisbon », en rose.

Margot : En rose ?

Karim : Rose bonbon. Avec des paillettes.

Paul : Ah non ! Et tu l'as porté ?

Karim : Trois jours de suite. Les gens me prenaient pour un touriste perdu.

Lucie : Mais tu étais un touriste perdu, Karim.

Karim : Oui, bon, merci, Lucie.

Paul : Et la valise ? Elle est revenue ?

Karim : Une semaine après mon retour. Elle avait visité Madrid, pas moi. Pas de chance, hein ?

Paul : Elle avait de meilleures vacances que toi, en gros.

Margot : Moi, ça me paraît moins grave qu'un camping sous la pluie.

Karim : Moins grave ? Margot, j'avais un tee-shirt rose !

Margot : Écoute mon histoire, et tu changeras de ton.

Margot : L'été dernier, j'étais en Bretagne avec mon frère. On avait une petite tente. Il pleuvait depuis deux jours.

Margot : La deuxième nuit, je me réveille et je sens de l'eau sous mon dos. Toute la tente nageait.

Margot : Mon frère dormait encore. Il flottait sur son matelas, tranquille, comme un canard.

Paul : Un canard ! Ha ha !

Karim : Et vous avez fait quoi ?

Margot : On a dormi dans la voiture, les pieds sur le volant. Et le matin, il pleuvait toujours.

Lucie : Et vous êtes rentrés ?

Margot : Jamais de la vie. On a mangé des crêpes à la gare, on a séché nos affaires, on est restés.

Paul : Vous êtes restés ? Mais vous êtes fous !

Margot : Têtus, pas fous. Et le dernier jour, il a fait beau.

Lucie : Quand même, Margot, je te trouve courageuse.

Margot : J'avais surtout très froid, mais je ne l'ai jamais dit.

Karim : Tu viens de le dire.

Margot : Ha. Oui. Zut.

Paul : Bon, moi, je vous réserve le pire : l'hôtel de Naples.

Paul : Sur le site, la chambre avait une vue sur la mer. Les photos étaient magnifiques. J'avais pourtant lu les avis, mais pas jusqu'au bout.

Paul : Quand je suis arrivé, la chambre donnait sur un parking. La mer, c'était une flaque d'eau, derrière une voiture.

Paul : Et en dessous, il y avait une discothèque. Jusqu'à cinq heures du matin, tous les soirs. Le lit tremblait avec la musique.

Lucie : Le lit tremblait ?

Paul : J'ai dormi trois nuits avec un oreiller sur la tête. Et le quatrième jour, le lit a cassé.

Karim : Il a cassé comment ?

Paul : Au milieu de la nuit, sous moi. J'ai fini par terre, avec le matelas sur le nez.

Margot : Oh non ! Paul, tu n'as rien dit à la réception ?

Paul : Si. Le monsieur m'a répondu : « Vous dansiez trop. »

Lucie : N'importe quoi ! Mais c'est vrai que c'est le pire, ça.

Karim : Attends, Lucie, tu changes déjà d'avis ? Tu étais la championne, il y a dix minutes.

Lucie : Je te l'accorde, mon passeport, c'est de la petite bière à côté.

Paul : Merci. Enfin quelqu'un d'honnête.

Margot : Pas si vite. Moi, j'ai dormi dans une voiture, mouillée, pendant cinq jours.

Karim : Cinq jours ? Tu disais deux nuits, Margot.

Margot : Deux nuits dans la tente, et trois dans la voiture. Je compte tout.

Lucie : Elle compte tout. Elle est prête pour le tribunal.

Paul : Toi, tu avais ton frère. Moi, j'étais seul avec la musique et les voitures.

Karim : Et moi, j'avais ma valise en voyage à Madrid, sans moi.

Lucie : Bon, on vote ? Karim, pour toi, c'est qui ?

Karim : Moi, je vote pour moi. Le tee-shirt rose, c'est un traumatisme.

Paul : Ça ne compte pas, tu votes pour toi !

Margot : Moi, je vote pour Paul. Un lit qui casse, c'est pire qu'une tente mouillée.

Karim : Ah bon ? Tu n'as pas dit le contraire, tout à l'heure ?

Margot : J'ai changé d'avis. Ça m'arrive.

Paul : Margot, je t'aime. Tu es mon avocate préférée.

Lucie : Du coup, trois voix pour Paul. Karim, tu perds.

Karim : Bah, tant pis. Au moins, j'ai gardé le tee-shirt.

Paul : Tu l'as gardé ?

Karim : Il est dans mon placard. Je le montre à tous les amis.

Lucie : Tu me le montres ?

Karim : Samedi, chez moi. Avec des chaussons à lapin, si tu veux.

Margot : Les vacances ratées, c'est quand même ce qu'on raconte le mieux.

Paul : C'est vrai. Les bonnes vacances, personne n'écoute.

Lucie : Bon, dernier tour. Un mot chacun : vos prochaines vacances.

Paul : Moi, je lis les avis. Jusqu'au bout. Et la dernière ligne aussi.

Margot : Moi, un vrai hôtel. Avec un toit. Et des radiateurs.

Karim : Moi, une valise sur le dos. Je ne la lâche plus.

Lucie : Moi, mon passeport tatoué sur le bras. Pour être tranquille.

Paul : Tatoué ? Lucie, tu exagères.

Lucie : Non. En pyjama dans un aéroport, jamais plus.

Karim : Et si tu perds ton passeport tatoué, on en fait quoi ?

Margot : On t'achète un tee-shirt rose.

Lucie : Pas question !

Karim : Ha ! Les chaussons à lapin, c'est mieux ?