6633 Arctic Ultra : jusqu'où risquer ? (C2)

6633 Arctic Ultra: how far should the risk go? — Dragging a sled of supplies up the Dempster Highway towards the Arctic Ocean, down to minus forty. The hosts weigh consent against the burden risk places on others.

Thomas : Le nom, d'abord : six six trois trois, soit la latitude du cercle polaire arctique, soixante-six degrés trente-trois minutes nord.

Marie : Un nom qui tient lieu de programme, en somme. On part d'Eagle Plains, dans le Yukon, et l'on franchit le cercle peu après.

Thomas : Puis l'on remonte la Dempster Highway, une route de gravier, jusqu'à Tuktoyaktuk, sur l'océan Arctique.

Marie : Sur quelle distance, au juste ? Les sources divergent : près de six cents kilomètres, selon les éditions.

Thomas : Qu'importe le chiffre, c'est la manière qui compte. Chaque coureur tire une pulka, un traîneau chargé de tout ce dont il aura besoin.

Marie : Vivres, réchaud, sac de couchage : une vingtaine de kilos à traîner, par des températures qui descendent jusqu'à moins quarante.

Thomas : C'est ce qui me fascine : aucune assistance extérieure, on ne compte que sur soi.

Marie : Et c'est là que je m'interroge. Jusqu'où le risque demeure-t-il acceptable ? À moins quarante, un gant mouillé suffit, et ce sont les gelures.

Thomas : La marge d'erreur est infime, je te l'accorde. Mais ce sont des adultes avertis, qui savent pertinemment à quoi ils s'exposent.

Marie : Encore faudrait-il que le consentement suffise. Quand quelqu'un s'effondre, ce sont des secouristes qui partent le chercher, dans le même froid.

Thomas : On pourrait en dire autant de l'alpinisme ou de la voile en solitaire. Faudrait-il pour autant fermer l'Himalaya ?

Marie : Nullement. Je dis seulement que le risque n'est jamais tout à fait individuel : il rejaillit sur ceux qui secourent.

Thomas : Il existe d'ailleurs une version courte, d'environ cent vingt miles, qui s'achève à Fort McPherson. Sur la longue, moins d'un tiers des partants rallient l'arrivée.

Marie : Preuve que l'on peut fixer des limites sans dénaturer l'aventure. Voilà peut-être la frontière que je cherchais.

Thomas : Une frontière mouvante, alors. Car celui qui a bouclé la courte n'aura de cesse qu'il n'ait tenté la longue.

Marie : C'est bien ce qui m'inquiète : que chaque défi en appelle un plus grand, jusqu'à ce que quelqu'un y laisse des doigts.

Thomas : Tu noircis le tableau. Le grand froid châtie l'imprudence, pas l'audace réfléchie.

Marie : La formule est belle. Encore faut-il savoir où finit la réflexion et où commence l'orgueil.

Thomas : Pour ma part, le risque est acceptable tant qu'il est choisi, connu et préparé. Au-delà, c'est un pari.

Marie : J'y ajouterais une condition : qu'il ne fasse courir aucun danger à autrui. Sans quoi la liberté de l'un devient le fardeau des autres.

Thomas : Soit. Je souscris à ta condition, pourvu qu'on n'en fasse pas un prétexte pour tout interdire.

Marie : Marché conclu. Et vous qui nous écoutez, où placeriez-vous la limite ?