Les sept merveilles du monde (B1)

The seven wonders of the world — Sept merveilles dans l'Antiquité, et une seule est encore debout. Quatre amis n'ont le droit d'en visiter qu'une : un phare, des jardins qui n'ont peut-être jamais existé, un tombeau devenu un mot, ou la pyramide. Chacun défend son choix, avec une histoire de voyage à l'appui.

Julien : Sept merveilles du monde antique, et une seule est encore debout. Une seule ! Ça ne vous choque pas ?

Sonia : Tu parles de la pyramide, bien sûr. La Grande Pyramide, à Gizeh.

Camille : Quatre mille cinq cents ans à peu près, et elle est toujours là, Julien. Ton phare, lui, est tombé.

Julien : Mon phare ? Je n'ai encore rien dit !

Antoine : Moi, je me demande surtout qui a décidé de cette liste. Pourquoi sept ?

Sonia : Il paraît que des voyageurs grecs l'ont écrite, pour les touristes de l'époque. Et sept, c'était un nombre parfait pour eux.

Antoine : Un guide touristique antique, quoi.

Julien : Ha ! Les sept lieux à voir avant de mourir.

Camille : Bon, la question du jour : vous n'avez le droit d'en visiter qu'une seule. Laquelle ?

Julien : Le phare d'Alexandrie. Sans hésiter.

Sonia : Un phare ? Tu rigoles ? Parmi toutes ces merveilles, tu choisis un phare ?

Julien : Franchement, oui. Imagine : une tour immense, avec un feu tout en haut pour guider les bateaux la nuit.

Julien : On dit qu'elle dépassait cent mètres. Pour l'époque, c'était comme un gratte-ciel.

Antoine : Cent mètres ? Ça m'étonnerait. Sans machines ?

Julien : Avec des rampes, des ouvriers, des tonnes de pierre. Je ne sais pas comment, mais je veux voir ça.

Camille : Tu veux voir, mais tu ne verras rien : un tremblement de terre l'a détruit, il y a des siècles.

Julien : C'est pas faux, mais c'est ça, le jeu : on remonte le temps, non, Camille ?

Julien : Et puis les phares, c'est une histoire personnelle. À dix ans, en Bretagne, il y avait une tempête terrible.

Julien : Mon père m'a emmené sur la falaise. Le faisceau du phare tournait sur la mer toute sombre, et les vagues étaient énormes.

Julien : J'ai pleuré de joie, je crois. Depuis, un phare, pour moi, c'est un ami qui ne dort jamais.

Sonia : Ça, c'est beau. Mais ça ne change rien : moi, je choisis les jardins suspendus de Babylone.

Antoine : Les jardins ? Ça m'étonnerait qu'ils aient vraiment existé.

Sonia : Laisse-moi finir ! Justement, c'est ça qui m'attire. Il paraît qu'on ne sait pas s'ils étaient à Babylone ou ailleurs.

Camille : Mes élèves me posent souvent la question. Mais on n'est vraiment pas sûrs qu'ils aient existé ?

Antoine : Les historiens se disputent encore, d'après ce que j'ai lu. On ne trouve aucune trace claire dans les ruines de la ville.

Sonia : Voilà. Une légende, peut-être. Mais je préfère visiter une légende qu'une pyramide pleine de touristes.

Camille : Une pyramide pleine de touristes ? N'importe quoi ! Sonia, tu n'es jamais allée à Gizeh, ça se voit.

Sonia : Non. Mais je connais les photos.

Camille : Moi, j'y suis allée à douze ans, avec mes parents. Il faisait quarante degrés, j'avais mal à la tête.

Camille : Un marchand de chameaux m'a suivie pendant une heure. Il voulait absolument vendre un tour à mon père. À la fin, papa a acheté une petite statue pour qu'il s'en aille.

Camille : Et puis, d'un coup, j'ai levé la tête : la pyramide était là, énorme, en pierre jaune. J'ai arrêté de parler pendant cinq minutes.

Julien : Toi, cinq minutes sans parler ? Je ne te crois pas.

Camille : Demande à ma mère.

Sonia : D'accord, d'accord, je te l'accorde, ton histoire est belle. Mais tu parles d'une pyramide, pas d'une merveille « disparue ». Ce n'est pas la même magie.

Camille : Tu rigoles ? La magie, c'est justement qu'elle est encore là, après tout ce temps.

Antoine : Moi, je prends la merveille la plus oubliée : le mausolée d'Halicarnasse.

Julien : Le quoi ?

Antoine : Un tombeau géant, pour un roi qui s'appelait Mausole. Et c'est de là que vient notre mot mausolée.

Sonia : Non ! Sérieux ?

Antoine : Oui, on le dit. Le roi se nommait Mausole, donc mausolée. Une merveille du monde devenue un simple mot du dictionnaire.

Antoine : Et d'après ce que j'ai lu, les tremblements de terre l'ont détruit, puis ses pierres ont servi à construire un château, plus tard.

Camille : Des pierres de merveille dans un château ? On recyclait bien, à l'époque.

Julien : Mine de rien, c'est ça, l'histoire : les ruines deviennent des carrières pour les gens d'après.

Sonia : Oui. Moi, j'ai vu ça en Turquie, il y a trois ans, près de l'ancienne Éphèse.

Sonia : On m'avait dit : le temple d'Artémis, ça vaut le détour. Je cherche le temple, je cherche, je cherche.

Sonia : Et je trouve une seule colonne, au milieu d'un champ. Avec, il me semble, un nid de cigogne tout en haut.

Sonia : Voilà ma merveille du monde antique : une colonne, une cigogne et un vendeur de glaces.

Julien : Ha ha ! Voilà ce qui m'attend avec mon phare !

Camille : Une colonne et une cigogne : j'avoue, ça vaut quand même le détour.

Antoine : Et que dites-vous du colosse de Rhodes ? Personne n'en parle.

Camille : La grande statue, jambes écartées au-dessus du port ? Je l'ai vue dans mes livres d'enfant.

Antoine : Ça, c'est sans doute une légende. Les spécialistes pensent que les bateaux ne passaient pas entre ses jambes.

Antoine : Elle serait tombée à cause d'un tremblement de terre, à peine plus de cinquante ans après sa construction.

Sonia : À peine plus de cinquante ans ? Quel gâchis !

Antoine : Et il paraît que les morceaux sont restés par terre pendant des siècles, et que des visiteurs venaient les admirer.

Sonia : Des siècles ? Pour des morceaux ?

Julien : N'importe quoi, Antoine. Qui fait le voyage pour regarder des morceaux par terre ?

Antoine : Pourquoi ? On visite bien les ruines de Rome aujourd'hui, Julien.

Julien : Je te l'accorde. Mais une ruine, c'est plus triste qu'un phare qui brille.

Antoine : Joli, ça, j'avoue.

Camille : Et la statue de Zeus, à Olympie ? Mon prof de grec disait qu'on venait de très loin pour la voir.

Sonia : Une statue en or et en ivoire, il paraît. Aujourd'hui, il ne reste rien de la statue.

Antoine : Voilà le problème : cinq merveilles sur sept ne sont plus qu'un souvenir.

Camille : Six, si tu comptes les jardins, qu'on n'a jamais retrouvés.

Julien : Attends, du coup, la merveille la plus facile à visiter, c'est la pyramide. Et c'est aussi la plus ancienne.

Camille : Tu vois ? Ça commence à t'intéresser.

Julien : Pas du tout ! Enfin... mine de rien, un peu. J'irais d'abord à Gizeh, et ensuite, je rêverais du phare.

Sonia : Tu changes d'avis ! Il a changé d'avis, vous avez vu ?

Julien : Je change un tout petit peu d'avis. Rien de plus.

Camille : Bravo !

Antoine : Donc, après tout ça, Julien finit quand même par visiter une pyramide.

Camille : Bien joué. Du coup, vous deux, vous maintenez vos choix ?

Sonia : Moi, oui. Les jardins. Si ça n'existe pas, tant mieux : on peut tout imaginer.

Antoine : Moi aussi, mon mausolée. Un roi disparu, et pourtant on prononce encore son nom dans beaucoup de langues.

Camille : C'est pas faux, et c'est même assez fort.

Julien : Bon, dernier tour. Un mot chacun, et on en finit. Moi : la pyramide pour mes pieds, le phare pour mon cœur.

Sonia : Moi : les jardins, parce qu'un mystère vaut mieux qu'une photo.

Antoine : Moi : le mausolée, parce qu'un nom peut rester vivant plus longtemps qu'un tombeau.

Camille : Et moi : la pyramide, la seule vraie. Une seule est encore debout, mais les sept sont encore dans nos têtes.

Julien : Ça valait bien un petit voyage dans le temps, non ?

Sonia : Une colonne, une cigogne, et on y retourne.

Antoine : Ha ! La prochaine fois, je paie les glaces. Mais d'abord, une question : quelle merveille est encore debout, et laquelle n'a peut-être jamais existé ?