Le calembour, un sport national ? (B1)

The pun, a national sport? — Pourquoi les Français adorent-ils les jeux de mots, même les plus mauvais ? Entre homophones, noms de magasins et grands humoristes, deux amis testent leurs meilleures blagues.

Inès : Alors, j’ai préparé un petit test pour toi. Quel est le comble pour un électricien ?

Théo : Euh… de recevoir une facture beaucoup trop chère ?

Inès : Non ! De ne pas être au courant. Tu comprends ? Le courant, comme l’électricité.

Théo : Ah oui, d’accord. Ça, c’est un calembour, non ?

Inès : Exactement. Un mot, deux sens, et tout le monde soupire en levant les yeux au ciel.

Théo : Moi, je soupire, mais mine de rien, ça me fait sourire.

Inès : Tu vois, tu aimes ça ! Pourtant, hier, tu m’as dit que les jeux de mots, c’était nul.

Théo : Attends, j’ai dit que c’était souvent nul. Ce n’est pas pareil.

Inès : D’accord. Alors, pour toi, c’est quoi, un bon jeu de mots ?

Théo : Il faut qu’il arrive au bon moment. Sinon, ça tombe à plat, et c’est gênant pour tout le monde.

Inès : C’est vrai. Mon oncle en fait au moins dix par repas, et à tous les coups, il rit tout seul.

Inès : Il attend toujours que quelqu’un sourie, et personne ne sourit.

Théo : Ha ! J’ai un oncle comme ça aussi. Il attend un silence pour placer le sien.

Inès : Et toute la table regarde son assiette.

Théo : Oui. Mais au fond, il est généreux : il veut juste nous faire rire.

Inès : Et puis, il faut le dire, le français a de la chance. Il y a énormément de mots qui se prononcent pareil.

Théo : Comme « vert », « verre », « ver » et « vers » ?

Inès : Voilà ! Tu peux dire : un ver vert va vers un verre vert. Cinq mots, un seul son.

Théo : Pour un étudiant étranger, c’est un cauchemar.

Théo : J’ai passé des heures sur ces mots-là, à l’école, et je me trompais toujours.

Inès : Au contraire, pour un humoriste, c’est une mine d’or.

Théo : Tu penses à quelqu’un en particulier ?

Inès : À Raymond Devos, par exemple. Il jouait avec les mots pendant tout son spectacle.

Théo : Je connais un peu. Il faisait un tabac dans les théâtres, non ?

Inès : Oui, des salles pleines pendant des années. Il prenait une phrase banale et il la retournait dans tous les sens.

Théo : Un peu comme Boby Lapointe, le chanteur ?

Inès : Exactement ! Ses chansons sont pleines de jeux de mots. Parfois, tu ne comprends plus rien, mais ça sonne bien.

Inès : Je te conseille d’écouter « Framboise » un jour. Tu vas comprendre.

Théo : Moi, ce que j’aime, c’est quand les jeux de mots sont dans la rue.

Inès : Dans la rue ? Comment ça ?

Théo : Dimanche dernier, je me promenais en ville. Sur une vitrine, j’ai lu : « L’Hair du temps ».

Théo : C’était un salon de coiffure. Hair, comme les cheveux en anglais, et l’air du temps, tu vois ?

Théo : Et plus loin, il y avait un restaurant thaïlandais qui s’appelait « Mieux vaut Thaï que jamais ».

Inès : Ha ha ! Ça, c’est excellent. Mieux vaut tard que jamais, mais avec « thaï ».

Théo : Je me suis arrêté devant la porte et j’ai ri tout seul. Les gens me regardaient bizarrement.

Inès : Et tu es entré dans le restaurant ?

Théo : Bien sûr. Avec un nom comme ça, on a envie de goûter.

Inès : Voilà pourquoi les commerçants le font : un bon nom, ça attire le client.

Théo : Oui, mais attention. Parfois, c’est vraiment tiré par les cheveux.

Inès : Tu as un exemple ?

Théo : Une boulangerie qui s’appelle « Pain de mie, ami ». Je ne vois pas bien le rapport.

Inès : Ha ! Franchement, là, je suis d’accord. Ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Théo : Tu vois, on a tous nos limites.

Inès : Mais dis-moi, une blague, c’est aussi une question de culture, non ?

Théo : Complètement. Quand je voyage, je ne comprends jamais les blagues locales.

Théo : Je souris poliment, mais à l’intérieur, je me demande où est la blague.

Inès : C’est exactement ce que je ressens en cours d’anglais. Le professeur rit, et moi, je cherche encore le mot.

Théo : Alors, comprendre un jeu de mots, c’est presque un examen de langue.

Inès : Oui ! Si tu comprends pourquoi c’est drôle, c’est que tu entends vraiment les sons.

Théo : Et si tu en inventes un, tu es presque bilingue.

Inès : Ha ha ! Tu es prêt à essayer ? Allez, à toi.

Théo : Pourquoi les poissons détestent l’ordinateur ? Parce qu’ils ont peur du net.

Inès : Pas mal ! « Le net », comme Internet, et le filet du pêcheur. Tu as le mot pour rire.

Théo : Merci. Et toi, tu en as un ?

Inès : Oui. Que dit un escargot quand il croise une limace ? « Regarde, un nudiste ! »

Théo : Ha ha ! Celle-là, je ne la connaissais pas. Elle est un peu bête, mais elle marche.

Inès : Tu sais, il faut aussi avoir de la repartie. Un bon jeu de mots, ça se fait sur le moment.

Théo : C’est vrai. Si tu réfléchis trop longtemps, c’est fini. Il faut tourner la phrase vite.

Inès : Et si ça rate ? On rit de toi, et alors ?

Inès : Personne ne meurt d’un jeu de mots raté.

Théo : Alors on recommence demain. Au bout du compte, on s’amuse, et c’est le plus important.

Inès : Je suis d’accord. Les jeux de mots, c’est une façon de dire : j’aime cette langue.

Théo : Oui, et on ne tourne pas autour du pot : on aime ça, même quand c’est mauvais.

Inès : Bon. Dernier défi, et celui qui perd paie le café.

Théo : Je ne peux pas perdre. Je connais le comble du pâtissier.

Inès : Vas-y, je t’écoute.

Théo : C’est de se faire rouler dans la farine.

Inès : Ha ! D’accord, tu gagnes. C’est moi qui paie. Et vous, quel est votre préféré ?