Le tour du monde à vélo : des premiers pionniers aux records fous (B1)
Cycling around the world: from the first pioneers to crazy records — Pédaler vingt-neuf mille kilomètres à travers les continents par la seule force de ses jambes : depuis le pionnier Stevens sur son grand-bi en mille huit cent quatre-vingt-quatre jusqu’aux records modernes de Mark Beaumont et Lael Wilcox, nos deux hôtes racontent les plus grands exploits individuels à bicyclette autour de la Terre.
Bastien : Le tour du monde à vélo : des premiers pionniers aux records fous.
Camille : Bonjour ! Je vois que tu as étalé une immense carte du monde sur la table avec un tracé au feutre rouge qui traverse tous les continents !
Bastien : Bonjour ! Oui, je suivais hier soir la trace satellite d’un cycliste solitaire qui vient de franchir les Andes, et cela m’a plongé dans l’histoire incroyable des tours du monde à vélo.
Camille : C’est un sujet qui fait immédiatement rêver : partir de devant sa porte, appuyer sur la pédale et ne s’arrêter qu’après avoir fait le tour complet de la Terre !
Bastien : Et le plus fou, c’est que cette aventure a commencé bien avant l’invention des dérailleurs modernes et des routes goudronnées.
Camille : Qui a été le tout premier être humain à tenter le tour du monde sur une bicyclette ?
Bastien : C’était le pionnier britannique Stevens ! En avril mille huit cent quatre-vingt-quatre, à San Francisco, il a enfourché un grand-bi pour traverser la planète.
Camille : Un grand-bi ? Ces vieilles bicyclettes du dix-neuvième siècle avec une roue avant immense d’un mètre trente de haut et une toute petite roue derrière ?
Bastien : Exactement ! Il était perché tout là-haut au-dessus de sa grande roue, sans chaîne, sans freins efficaces et avec des bandages en caoutchouc plein sur du fer !
Camille : Mais comment faisait-il quand la route descendait une montagne pleine de cailloux ?
Bastien : Quand il rencontrait une pierre un peu trop grosse, le vélo basculait en avant et Stevens passait par-dessus le guidon la tête la première !
Bastien : Et dans sa minuscule sacoche accrochée au guidon, il transportait seulement une paire de chaussettes de rechange, un imperméable qui servait aussi de tente et un petit carnet.
Camille : Quelle audace ! Jusqu’où a-t-il réussi à rouler sur son grand-bi ?
Bastien : Il a traversé toute l’Amérique du Nord, puis l’Europe, l’Empire ottoman, la Perse, l’Inde, la Chine et le Japon en un peu moins de trois ans, soit plus de vingt mille kilomètres !
Camille : Et dix ans plus tard à peine, une femme extraordinaire s’est lancée à son tour dans l’aventure !
Bastien : Oh oui, la célèbre Annie Kopchovsky, connue sous le nom d’Annie Londonderry !
Camille : Son histoire est fascinante : en mille huit cent quatre-vingt-quatorze, à Boston, c’était une jeune mère de trois enfants qui n’était presque jamais montée sur un vélo !
Bastien : Pourquoi a-t-elle décidé de partir faire le tour du monde du jour au lendemain ?
Camille : Suite à un pari célèbre sur la capacité d’une femme à accomplir le tour de la Terre en quinze mois tout en gagnant sa vie en chemin !
Camille : Au départ, elle portait une lourde jupe longue victorienne et poussait un vélo de femme qui pesait près de vingt kilos.
Camille : Mais en arrivant en France, elle a changé de vélo pour un modèle de course léger, elle a adopté un pantalon bouffant puis un costume d’homme, et elle est devenue une véritable icône de l’émancipation féminine !
Bastien : Elle vendait même des espaces publicitaires sur son cadre de vélo et donnait des conférences dans chaque ville pour financer son étape suivante.
Camille : C’était la toute première sportive sponsorisée de l’histoire moderne !
Bastien : C’est génial !
Camille : Mais venons-en aux règles actuelles : aujourd’hui, quand un cycliste veut homologuer un record du tour du monde, quelles sont les conditions officielles ?
Bastien : Les règles du livre des records sont très strictes pour que tout le monde joue à armes égales.
Bastien : D’abord, tu dois parcourir au minimum vingt-neuf mille kilomètres à vélo, ce qui correspond à la circonférence de la Terre à l’équateur hors océans.
Bastien : Ensuite, tu dois toujours rouler dans la même direction générale, d’ouest en est ou d’est en ouest, et passer par deux points exactement opposés sur le globe, qu’on appelle des antipodes !
Camille : Par exemple, si tu passes par Madrid en Espagne, tu es obligé de traverser l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande de l’autre côté de la Terre !
Bastien : Tout juste ! Et bien sûr, le chronomètre ne s’arrête jamais : le temps passé dans les avions au-dessus des océans ou aux postes de frontière compte dans le temps total.
Camille : Dans son roman célèbre, Jules Verne imaginait le tour du monde en quatre-vingts jours avec des trains et des bateaux à vapeur.
Camille : Or un cycliste écossais a réussi à battre Phileas Fogg uniquement à la force de ses mollets !
Bastien : Tu parles de l’exploit prodigieux de Mark Beaumont en deux mille dix-sept !
Camille : Oui ! Il est parti de Paris, devant l’Arc de Triomphe, avec un objectif fou : faire le tour du monde à vélo en moins de quatre-vingts jours.
Bastien : Et il est revenu sous l’Arc de Triomphe en soixante-dix-huit jours, quinze heures et quarante-huit minutes !
Camille : Soixante-dix-huit jours pour vingt-neuf mille kilomètres ! J’ai fait le calcul : cela représente trois cent soixante-dix kilomètres de vélo chaque jour pendant deux mois et demi !
Bastien : C’est vertigineux !
Camille : Comment organisait-il ses journées pour avaler presque deux étapes du Tour de France par jour ?
Bastien : Son réveil sonnait tous les matins à trois heures et demie !
Bastien : Il pédalait seize heures par jour, divisées en quatre blocs de quatre heures sur la selle, et il dormait à peine cinq heures par nuit.
Bastien : Pour ne pas perdre une minute, il brûlait neuf mille calories par jour et devait manger sans arrêt tout en gardant les mains sur le guidon !
Camille : Non, attends, il faut préciser une chose importante : Mark Beaumont avait une voiture d’assistance qui le suivait avec un mécanicien et un médecin, n’est-ce pas ?
Bastien : Oui, mais il existe une autre catégorie encore plus fascinante : le tour du monde en totale autonomie, sans aucune voiture suiveuse !
Camille : C’est là qu’il faut parler de l’exploit exceptionnel de l’Américaine Lael Wilcox en deux mille vingt-quatre !
Bastien : Raconte-nous comment Lael Wilcox a réalisé son tour du monde en cent huit jours !
Camille : Elle est partie de Chicago avec un vélo de route léger équipé de quelques petites sacoches de bikepacking.
Camille : Elle n’avait aucune équipe technique pour lui préparer ses repas ou réparer son vélo en cas de crevaison : elle devait tout gérer toute seule sur la route !
Bastien : Elle a donc battu l’ancien record féminin de plus de deux semaines tout en gardant un grand sourire du début à la fin !
Camille : Ce qui m’a le plus touchée chez elle, c’est que même en roulant près de trois cents kilomètres par jour, elle prenait le temps de discuter avec les cyclistes locaux qui venaient faire un bout de route à ses côtés.
Bastien : Et c’est d’ailleurs l’autre visage merveilleux du tour du monde à vélo : ceux qui ne cherchent pas à battre un record de vitesse, mais qui partent pendant un, deux ou trois ans !
Camille : Dans la culture française du voyage à vélo, il y a un pionnier que tous les cyclotouristes vénèrent comme un poète de la route.
Bastien : Jacques Sirat, ou encore le légendaire Vélocio qui a inventé le cyclotourisme moderne à Saint-Étienne !
Camille : Et pensons aussi à Heinz Stücke, cet Allemand parti de son village en mille neuf cent soixante-deux sur un simple vélo en acier à trois vitesses et qui a pédalé pendant cinquante ans sans rentrer chez lui !
Bastien : Cinquante ans sur la route ! Il a parcouru plus de six cent mille kilomètres et visité tous les pays et territoires de la planète !
Camille : C’est fou !
Bastien : Mais quand tu parles à tous ces voyageurs au long cours, qu’est-ce qui est le plus dur physiquement et moralement pendant la traversée des continents ?
Camille : On croit souvent que le plus dur, c’est de franchir un grand col de montagne dans les Alpes, dans le Pamir ou dans la cordillère des Andes.
Bastien : Pas forcément ! Un col de montagne, même à quatre mille mètres d’altitude, a un avantage psychologique : tu vois le sommet se rapprocher et tu sais qu’après la montée, il y aura une belle descente !
Camille : Exactement ! Tandis que le vrai cauchemar de tous les cyclistes du tour du monde, c’est le vent de face dans les plaines infinies !
Bastien : Oh là là, le fameux vent de Patagonie en Argentine ou le vent de la plaine du Nullarbor dans le sud de l’Australie !
Camille : Imagine : une route toute droite de mille deux cents kilomètres dans le désert australien, sans un arbre et sans un virage.
Camille : Le vent souffle de face à soixante kilomètres à l’heure du matin au soir : tu appuies de toutes tes forces sur la pédale, et ton compteur affiche dix kilomètres à l’heure !
Bastien : Dans ces moments-là, il faut vraiment avoir un moral d’acier pour ne pas jeter son vélo dans le fossé.
Camille : Et comment font les cyclistes quand la nuit tombe au milieu de ces régions désertiques ?
Bastien : Ils poussent leur vélo à cent mètres de la piste, derrière un buisson ou un rocher, pour planter leur tente ou dormir à la belle étoile !
Camille : Dormir à la belle étoile au bout du monde, loin de toute pollution lumineuse, sous le grand ruban de la Voie lactée, c’est d’ailleurs la plus belle récompense du voyage.
Bastien : Et parlons aussi du côté mécanique : comment prépare-t-on un vélo qui doit résister à trente mille kilomètres de pistes, de pluie, de sable et de nids-de-poule ?
Camille : Pour un tour du monde au long cours, la simplicité mécanique est la règle d’or !
Bastien : Beaucoup de voyageurs choisissent un cadre en acier chromoly plutôt qu’en carbone.
Camille : Pourquoi l’acier reste-t-il le roi des voyages lointains ?
Bastien : Parce que si ton cadre en acier se fissure au milieu d’un village de montagne au Pérou ou au Tadjikistan, n’importe quel petit atelier de soudure au bord de la route peut le réparer en vingt minutes !
Camille : Alors qu’un cadre en fibre de carbone cassé à trois mille kilomètres d’une grande capitale est irréparable sur place.
Bastien : Et pour éviter la crevaison tous les dix kilomètres, les voyageurs montent des pneus renforcés très épais ou utilisent un liquide préventif qui bouche automatiquement les petits trous d’épines !
Camille : C’est malin !
Bastien : Mais au-delà du matériel et des kilomètres, tous ceux qui reviennent d’un tour du monde à vélo racontent la même chose sur l’accueil humain.
Camille : Pourquoi le vélo ouvre-t-il autant les portes dans tous les pays traversés ?
Bastien : Parce que sur un vélo, tu n’es pas caché derrière la vitre teintée et la carrosserie d’une voiture ou d’un camping-car !
Bastien : Tu es vulnérable, tu as chaud, tu souris, tu avances à vitesse humaine, et dans presque toutes les cultures du monde, le voyageur fatigué qui arrive à vélo est accueilli comme un invité d’honneur.
Camille : En Iran, en Turquie, en Asie centrale ou en Amérique latine, les cyclistes racontent qu’on les arrête dix fois par jour pour leur offrir du thé chaud, des fruits frais et un toit pour la nuit !
Bastien : Quand on écoute les journaux télévisés, on a parfois l’impression que le monde entier est dangereux et hostile.
Camille : Au contraire, tous ces hommes et ces femmes qui traversent la planète à vélo reviennent avec une foi immense dans la bonté des gens ordinaires.
Bastien : D’ailleurs, il existe même aujourd’hui un réseau mondial d’entraide gratuit entre cyclistes qui s’appelle Warmshowers, littéralement les douches chaudes !
Camille : Comment fonctionne ce réseau d’hospitalité entre voyageurs à vélo ?
Bastien : Partout dans le monde, des passionnés de vélo ouvrent gratuitement leur jardin ou une chambre d’amis aux cyclistes de passage pour leur offrir une douche chaude, un bon plat de pâtes et une machine à laver !
Camille : Quelle belle chaîne de solidarité d’un continent à l’autre !
Bastien : Alors dis-moi : si tu devais préparer ta sacoche demain matin pour une grande traversée à vélo, quel itinéraire choisirais-tu ?
Camille : Je rêverais de partir de la pointe de la Bretagne, de traverser toute l’Europe le long du Danube, puis de suivre l’ancienne route de la Soie jusqu’au Japon !
Bastien : Et moi, je partirais bien de l’Alaska jusqu’à la Terre de Feu tout au bout de l’Amérique du Sud sur la route panaméricaine !
Camille : La route panaméricaine, c’est plus de vingt-quatre mille kilomètres du grand froid polaire jusqu’aux glaciers de Patagonie !
Bastien : Oui ! Et sais-tu comment les cyclistes rechargent leur téléphone ou leur lampe la nuit quand ils traversent des semaines de piste sans aucune prise électrique ?
Camille : Ils installent un petit panneau solaire souple sur leur sacoche arrière ?
Bastien : Parfois, mais l’invention préférée des grands rouleurs est encore plus astucieuse : le moyeu dynamo caché au centre de la roue avant !
Bastien : Dès que la roue tourne à quinze kilomètres à l’heure, l’aimant à l’intérieur produit de l’électricité gratuite qui monte par un fil jusqu’à une prise fixée sur le guidon.
Camille : Autrement dit, ce sont tes propres jambes qui alimentent tes phares, ta batterie et ta carte GPS pendant que tu pédales !
Bastien : Exact ! Zéro essence, zéro prise murale : le cycliste devient une petite centrale d’énergie autonome à cent pour cent.
Camille : Et qu’est-ce que les voyageurs mangent sur le bord de la route pour tenir le coup toute la journée ?
Bastien : Quand tu pédales huit ou dix heures par jour, ton corps réclame le double de calories d’une journée normale !
Bastien : Le matin sous la tente, c’est souvent un grand bol de flocons d’avoine avec du beurre de cacahuète, des bananes et du miel.
Camille : Et à midi, on s’arrête dans la boulangerie ou sur le petit marché du village traversé !
Bastien : Voilà : pain frais, fromage local, fruits secs, et jamais le moindre remords à commander deux desserts d’affilée !
Camille : Rien que pour pouvoir manger deux pâtisseries dans chaque village sans culpabiliser, le voyage à vélo mérite une médaille d’or !
Bastien : Tu l’as dit !
Camille : Et comment gèrent-ils le passage d’une frontière à une autre avec un simple vélo chargé de bagages ?
Bastien : Souvent beaucoup plus vite que les voitures ! Pendant que cent camions attendent des heures au poste de frontière, le douanier sourit en voyant arriver le cycliste et lui pose mille questions sur son voyage.
Camille : Le passeport finit rempli de tampons de tous les continents, et la tête remplie de visages inoubliables.
Bastien : D’ailleurs, beaucoup d’aventuriers disent que le moment le plus difficile de tout le voyage n’est ni la pluie ni les montagnes.
Camille : Quel est le moment le plus difficile selon eux ?
Bastien : La dernière semaine avant de rentrer à la maison ! Parce qu’après un an ou deux à vivre dehors au rythme du soleil, l’idée de retrouver quatre murs et un plafond paraît soudain toute bizarre.
Camille : On comprend pourquoi certains, dès qu’ils posent leur vélo dans le garage, commencent déjà à tracer leur prochain itinéraire sur la carte !
Bastien : Le virus du voyage à vélo ne guérit jamais vraiment.
Camille : Et c’est tant mieux !
Bastien : D’ailleurs, tu sais ce qui m’a toujours ému sur les photos d’arrivée de tous ces grands cyclistes ?
Camille : Qu’est-ce qu’on voit sur leur visage au moment où ils bouclent enfin leur tour du monde ?
Bastien : Ils posent toujours la main avec tendresse sur leur vieux guidon et sur leur selle usée, comme pour remercier un compagnon fidèle qui ne les a jamais trahis !
Camille : Après trente mille kilomètres ensemble sous le soleil, la neige et les orages, le vélo fait presque partie de la famille.
Bastien : Tout à fait : beaucoup gardent ce vélo accroché au mur de leur salon toute leur vie comme leur plus beau trophée.
Camille : Quelle magnifique aventure !
Bastien : Commencez par gonfler vos pneus ce week-end, choisissez une petite route secondaire tranquille et laissez-vous porter par le vent.
Camille : Même si on commence par un voyage de trois jours autour de sa région, dès qu’on tourne la pédale avec une tente sur le porte-bagages, l’aventure commence au bout de la rue.
Bastien : Merci pour ce grand bol d’air et ces récits d’exploits qui donnent des fourmis dans les jambes !
Camille : Merci à tous nos auditeurs, bon vent sur vos routes et à très bientôt pour une nouvelle aventure !