Ville rose, ville lumière (B1)

Pink city, city of light — Paris, Toulouse, Marseille : pourquoi les villes ont-elles un surnom ? Deux amis jouent aux devinettes et découvrent que chaque petit nom raconte un bout d’histoire.

Jade : Petit jeu pour commencer : on t’appelle la Ville Lumière. De quelle ville je parle ?

Romain : Facile ! Paris. Je ne suis pas si nul en géographie.

Jade : Et tu sais pourquoi on l’appelle comme ça ?

Romain : À cause de la tour Eiffel qui brille la nuit ? Les petites lumières, tout ça.

Jade : Pas tout à fait. Ça vient de beaucoup plus loin : au dix-septième siècle, Paris a été l’une des premières villes éclairées dans les rues.

Jade : Et plus tard, au siècle des Lumières, la ville est aussi devenue un centre d’idées et de livres.

Romain : Ah, donc, c’est un double sens : les lampes et les idées.

Jade : Voilà ! C’est ça qui est joli dans un surnom.

Romain : À mon tour. On l’appelle la ville rose. Et celle-là, c’est la tienne, je suppose ?

Jade : Toulouse ! Et oui, tu as deviné vite.

Romain : Bof, ce n’était pas difficile, tu en parles à chaque dîner.

Jade : Ce n’est pas ma faute si elle est magnifique ! Les bâtiments sont en brique, et au coucher du soleil, tout devient rose et orange.

Romain : Mais pourquoi de la brique, et pas de la pierre, comme ailleurs ?

Jade : Parce qu’il n’y a presque pas de pierre dans la région. Il y avait de la terre, de l’argile, alors on a fabriqué des briques.

Jade : C’est la nature qui a décidé la couleur de la ville, pas un architecte.

Romain : Intéressant. Chez moi, à Marseille, la couleur, c’est le bleu de la mer et le blanc des rochers.

Jade : Et son surnom, c’est quoi ? La cité phocéenne, non ?

Romain : Exactement. Elle a été fondée par des Grecs venus de Phocée, il y a plus de deux mille cinq cents ans.

Romain : C’est la plus vieille ville de France, et on ne le dit pas assez, je trouve.

Jade : Attends, je ne suis pas sûre que ce soit la plus vieille. D’autres villes disent la même chose.

Romain : Au contraire, pour une ville fondée par des marins, c’est une grande fierté. Et personne ne bat Marseille en ancienneté, c’est un fait.

Jade : Ça se discute. Mais je te laisse ça, tu es de bonne humeur aujourd’hui.

Romain : Ha ha ! Dis-moi, tu connais un autre surnom, la Venise du Nord ?

Jade : Plusieurs villes l’ont, justement, parce qu’elles ont des canaux. Amiens, Bruges, Amsterdam, même Saint-Pétersbourg.

Romain : Donc, un surnom, ça peut être partagé ?

Jade : Oui. Et c’est souvent un compliment : on dit qu’une ville ressemble à une autre plus connue.

Romain : Un peu comme quand on dit qu’un garçon est le nouveau Zidane.

Jade : Exactement. Ça flatte, mais ça met aussi de la pression.

Romain : Et à ton avis, quel est le surnom qui te fait le plus rêver ?

Jade : Pour moi, c’est la Belle Endormie, pour Bordeaux. On dirait un conte de fées.

Romain : La Belle Endormie ? Pourquoi endormie ?

Jade : Parce que pendant longtemps, la ville était un peu calme, avec ses façades noircies et ses quais déserts.

Jade : Puis on a nettoyé les pierres, rouvert les quais au public, et la belle s’est réveillée.

Jade : Aujourd’hui, on se balade sur les quais, on y voit des enfants, des cyclistes, des gens qui boivent un verre au soleil.

Romain : Un joli exemple. Un surnom qui raconte une transformation.

Jade : Tu vois, tu comprends mieux que tu ne le crois.

Romain : J’avoue. Moi, j’aime bien celui de Strasbourg, la capitale de Noël.

Jade : Pour son marché de Noël, très ancien, avec ses chalets en bois et son vin chaud ?

Romain : Oui, et pour le sapin au centre de la ville. J’y suis allé une fois en décembre, il neigeait, et j’ai eu l’impression d’être dans un film.

Romain : J’ai acheté une petite boule en verre pour ma mère. Elle l’accroche à son sapin chaque année.

Romain : Du coup, je pense à cette ville chaque fois que je vois les guirlandes.

Jade : Ça, c’est un beau souvenir. Une ville, ce n’est pas seulement des maisons, c’est aussi ce qu’on y ressent.

Romain : Et si on inventait un surnom pour notre ville à nous ?

Jade : Pourquoi pas ! Moi, je dirais la ville aux mille vélos. Il y en a partout, il paraît.

Romain : Franchement, c’est nul. Tu peux faire mieux.

Jade : Alors toi, vas-y. Je t’écoute.

Romain : La ville des petits matins. Parce qu’on se lève tôt, qu’on boit un café au comptoir, et que tout le monde se dit bonjour.

Jade : Ça me plaît ! C’est doux, et ça donne envie de venir.

Romain : Tu vois, on n’a pas besoin d’être poète. Il suffit de regarder autour de soi.

Jade : Et nous, on se connaît depuis quinze ans, et on a un surnom pour chaque rue.

Romain : C’est vrai. La rue des crêpes, la place du chat, l’escalier de la honte.

Jade : Ne me parle pas de l’escalier de la honte, j’y suis tombée devant tout le monde.

Romain : Je m’en souviens ! Tu as ri la première, c’est ce qui m’a sauvé la mise.

Jade : Bref. Un surnom, c’est un petit morceau d’histoire qu’on peut garder dans sa poche.

Romain : Joliment dit. Et toi qui nous écoutes : quel surnom donnerais-tu à ta ville ?