Nucléaire : énergie propre ou danger permanent ? (B2)
Nuclear: clean energy or permanent danger? — Une ingénieure du nucléaire, un militant écologiste, une journaliste scientifique et un physicien débattent sans détour : le nucléaire sauve-t-il le climat ou laisse-t-il aux générations futures un héritage empoisonné ? Avec les chiffres français, Tchernobyl, Fukushima, les déchets, les SMR et la fusion.
Diane : Nucléaire : énergie propre ou danger permanent ?
Diane : Bonsoir et bienvenue autour de la table. Ce soir, un sujet qui divise la France depuis des décennies : le nucléaire. Je suis Diane, ingénieure dans le nucléaire depuis quinze ans, et je ne vais pas vous cacher que j’ai un parti pris.
Sébastien : Moi, c’est Sébastien, militant écologiste. Je suis contre le nucléaire, envers et contre tout, et je suis prêt à défendre ma position ce soir.
Fatou : Bonsoir, moi c’est Fatou, journaliste scientifique. J’ai couvert Fukushima en deux mille onze, et depuis, je m’intéresse à tout ce qui touche au nucléaire. Je suis là pour poser les questions qui dérangent.
Raphaël : Et moi, Raphaël, physicien. Je travaille sur les nouvelles technologies de l’énergie, et je pense qu’il faut remettre en question nos certitudes, dans les deux camps.
Diane : Parfait. Sébastien, Fatou, Raphaël, on y va. Ne vous retenez pas ce soir.
Sébastien : T’inquiète pas, Diane, ce n’est pas mon genre.
Fatou : Moi non plus. Allons-y.
Raphaël : On va voir ça.
Raphaël : Bon, avant de débattre, mettons les choses à plat. Diane, en termes simples, comment fonctionne une centrale nucléaire ?
Diane : En gros, on casse des atomes d’uranium. Cette réaction, qu’on appelle la fission, dégage une chaleur énorme. Cette chaleur fait bouillir de l’eau, la vapeur fait tourner une turbine, et la turbine produit de l’électricité.
Fatou : C’est élégant, quand même.
Sébastien : Élégant ? Inquiétant, plutôt.
Sébastien : Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais tu as beau présenter les choses calmement, Diane, la réalité, c’est qu’on joue avec des forces qu’on ne maîtrise pas toujours.
Diane : On les maîtrise, Sébastien. Les réacteurs français ont des systèmes de sécurité redondants. C’est justement parce que la force est immense qu’on la surveille avec autant de rigueur.
Raphaël : C’est le mot clé : redondants. Si un système tombe, un deuxième prend le relais, puis un troisième. C’est le principe de la défense en profondeur.
Sébastien : En théorie, Raphaël.
Fatou : Diane, je te crois sur la rigueur, mais est-ce qu’on peut vraiment dire qu’on maîtrise tout ? Raphaël, tu es physicien, qu’est-ce que tu en penses ?
Raphaël : Force est de constater que la physique nucléaire est bien comprise. La fission, on la connaît depuis les années quarante. Mais maîtriser la physique ne veut pas dire maîtriser tous les risques humains et naturels.
Sébastien : Exactement. Un séisme, une erreur humaine, et tout bascule. On ne peut pas passer sous silence ces risques-là.
Diane : Personne ne les passe sous silence, Sébastien. C’est pour ça qu’il y a l’Autorité de sûreté nucléaire, des inspections, des stress tests. On ne fait pas table rase des leçons du passé.
Fatou : D’accord, mais Sébastien, tu soulèves un point important. Raphaël, un dernier mot sur le combustible : l’uranium, c’est une ressource infinie ?
Raphaël : Non, l’uranium n’est pas renouvelable. Les réserves connues durent entre quelques décennies et plus d’un siècle, selon le mode d’extraction. Ce n’est pas éternel, mais ce n’est pas non plus pour demain matin.
Sébastien : Voilà. Même le combustible pose problème. En fin de compte, on dépend d’une ressource limitée, comme le pétrole.
Diane : Sauf que l’uranium produit des millions de fois plus d’énergie par kilogramme que le pétrole. La comparaison a ses limites, Sébastien.
Raphaël : Elle a raison sur ce point. C’est ce qui rend le nucléaire si concentré et si puissant.
Sébastien : Puissant, oui. Dangereux aussi.
Fatou : Passons à la France. Diane, la France tire environ soixante-dix pour cent de son électricité du nucléaire, avec plus de cinquante réacteurs. C’est un choix historique. Pourquoi la France a-t-elle fait ce pari ?
Diane : Après le choc pétrolier des années soixante-dix, la France n’avait presque pas de pétrole.
Diane : Le général de Gaulle avait déjà pris les devants en lançant le programme nucléaire civil, et ses successeurs ont accéléré. L’idée était simple : l’indépendance énergétique.
Raphaël : Et il faut rappeler le contexte, Fatou. En pleine guerre froide, disposer du nucléaire, c’était aussi une question de souveraineté. Le civil et le militaire allaient de pair.
Sébastien : Merci de le dire, Raphaël.
Sébastien : L’indépendance, vraiment ? On importe l’uranium du Niger, du Kazakhstan, de l’Australie. Diane, tu as beau parler d’indépendance, on dépend quand même de l’étranger pour le combustible.
Diane : C’est vrai, mais on peut stocker l’uranium pour des années. Ce n’est pas comme le gaz, qu’il faut acheter chaque semaine. De surcroît, la France a su développer un savoir-faire unique au monde.
Fatou : Diane, ce savoir-faire, concrètement, ça veut dire quoi ? Des emplois, des ingénieurs, toute une filière ?
Diane : Plus de deux cent mille emplois directs et indirects en France, Fatou. Si on ferme les centrales, on ne perd pas seulement de l’électricité, on perd un tissu industriel qui a mis des décennies à se construire.
Sébastien : On peut reconvertir ces emplois, Diane. L’éolien en mer, le solaire, l’hydrogène : ça aussi, ça crée des emplois.
Raphaël : Sébastien, tu critiques à juste titre, mais il faut aussi reconnaître le résultat : l’électricité française est parmi les moins carbonées d’Europe.
Fatou : Et ça, c’est un argument de poids dans le débat climatique. Mais Sébastien, qu’est-ce que tu proposes à la place ? On ne peut pas faire table rase du nucléaire sans avoir un plan solide.
Sébastien : J’y viendrai, Fatou, promis. Mais d’abord, regardons ce qui s’est passé en Allemagne. Ils ont fermé toutes leurs centrales en avril deux mille vingt-trois. Est-ce que le pays s’est effondré ? Non.
Diane : Non, mais l’Allemagne a remplacé une partie de son nucléaire par du charbon et du gaz. Résultat : ses émissions de gaz carbonique par kilowattheure sont bien plus élevées que les nôtres. On ne peut pas passer ça sous silence.
Raphaël : C’est le paradoxe allemand. Ils ont voulu sortir du nucléaire pour protéger l’environnement, et bon gré mal gré, ils ont augmenté leurs émissions. Force est de constater que le résultat n’est pas celui qu’ils espéraient.
Sébastien : C’est temporaire, Raphaël. Leur plan, c’est le renouvelable à grande échelle. On ne juge pas une transition en plein milieu du chemin.
Diane : Temporaire, ça reste à prouver.
Fatou : C’est un argument recevable. Mais en attendant, Sébastien, le climat n’attend pas. Chaque tonne de gaz carbonique compte maintenant.
Diane : Parfaitement. Et c’est là que le nucléaire met en lumière un fait simple : il produit très peu de gaz carbonique par kilowattheure, comparable à l’éolien, selon le GIEC.
Raphaël : Et ce n’est pas un détail, Sébastien. C’est un fait que même les écologistes pragmatiques commencent à reconnaître. Le nucléaire est un allié de fait dans la lutte contre le réchauffement.
Sébastien : Un allié encombrant, Raphaël.
Sébastien : Parlons maintenant de ce qui fait peur, et à juste titre. Tchernobyl, mille neuf cent quatre-vingt-six. Fatou, toi qui as couvert des catastrophes, qu’est-ce que Tchernobyl représente dans l’histoire du nucléaire ?
Fatou : Tchernobyl, c’est le moment où le monde entier a compris que le nucléaire pouvait échapper à tout contrôle.
Fatou : Un réacteur explose, un nuage radioactif traverse l’Europe. J’en ai encore le souffle coupé quand je lis les témoignages des survivants.
Raphaël : Et n’oublions pas les liquidateurs, ces centaines de milliers de personnes envoyées nettoyer les débris radioactifs, souvent sans protection suffisante.
Sébastien : Des gens sacrifiés, Raphaël.
Diane : Fatou, je comprends l’émotion. Mais il faut remettre en question le récit simpliste. Tchernobyl, c’était un réacteur soviétique sans enceinte de confinement, avec une série d’erreurs humaines. Les réacteurs français n’ont rien à voir.
Sébastien : Rien à voir ? Diane, tu as beau dire ça, une catastrophe nucléaire n’a pas besoin d’un réacteur soviétique. La preuve : Fukushima, deux mille onze, au Japon, un pays pourtant réputé pour sa technologie.
Fatou : J’y étais, Sébastien. Un séisme de magnitude neuf, suivi d’un tsunami. Trois réacteurs ont fondu. Les images de l’explosion, je ne les oublierai jamais. Ça ne tombera pas dans l’oubli.
Diane : Fatou, est-ce que tu peux nous dire ce que tu as vu sur place ? Le chaos, la peur des habitants ?
Fatou : Ce que j’ai vu, Diane, c’est des familles qui partaient en pleine nuit avec un sac, sans savoir si elles reviendraient.
Fatou : Des zones d’exclusion tracées à la hâte. Et un silence de mort dans les rues de Namie. On ne mesure pas ça en grammes de gaz carbonique.
Sébastien : Merci, Fatou. Les chiffres ne disent pas tout.
Raphaël : Mais Fatou, combien de morts directes à Fukushima à cause de la radiation ? Très peu : une seule reconnue officiellement à ce jour. La catastrophe, c’est le tsunami qui a tué près de vingt mille personnes, pas le réacteur.
Sébastien : Raphaël, c’est un argument que je trouve cynique. Plus de cent mille personnes ont été évacuées, des villes entières vidées.
Sébastien : Les gens ont tout perdu : leur maison, leur travail, leur communauté. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas morts qu’ils n’ont pas souffert.
Fatou : Et il y a eu des suicides, Raphaël. Des gens qui ne supportaient plus le déracinement. On ne peut pas réduire une catastrophe à un compteur de décès directs.
Raphaël : Tu as raison, Sébastien, et je ne voulais pas minimiser. Mais quand on compare les risques, il faut mettre en lumière tous les chiffres, pas seulement ceux qui font peur.
Fatou : Ce qui m’a frappée au Japon, c’est la confiance brisée. Les gens ne croient plus les autorités. Et ça, Diane, c’est un problème pour ton industrie, non ?
Diane : Absolument, Fatou. La confiance est notre bien le plus précieux, et elle est fragile. Chaque incident, même mineur, peut la détruire. C’est pour ça que la transparence est essentielle, même quand les nouvelles ne sont pas bonnes.
Sébastien : La transparence, Diane, c’est facile à dire. Mais combien d’incidents mineurs sont passés sous silence avant qu’on en parle dans la presse ?
Diane : Moins que tu ne le crois, Sébastien. L’ASN publie tout. Mais je ne vais pas prétendre que tout est parfait.
Raphaël : Et c’est honnête de ta part, Diane.
Fatou : On arrive au sujet qui fâche : les déchets nucléaires. Raphaël, les déchets de haute activité restent radioactifs pendant combien de temps ?
Raphaël : Des milliers d’années, voire des centaines de milliers d’années pour certains éléments. C’est vertigineux, et c’est le talon d’Achille du nucléaire.
Sébastien : Le talon d’Achille, exactement.
Sébastien : Des centaines de milliers d’années ! Diane, comment peux-tu défendre une technologie qui laisse un héritage aussi toxique à nos enfants, à leurs enfants, et à des générations qu’on ne connaîtra jamais ?
Diane : Sébastien, c’est une question légitime. Le projet Cigéo, en Meuse, prévoit d’enfouir les déchets les plus dangereux à cinq cents mètres sous terre, dans une couche d’argile stable depuis des millions d’années.
Fatou : Diane, quel est le volume réel de ces déchets de haute activité ? On parle de tonnes ou de milliers de tonnes ?
Diane : En volume, c’est étonnamment peu. Toute la production française de déchets de haute activité depuis soixante ans tiendrait à peu près dans une piscine olympique. C’est concentré, c’est dangereux, mais ce n’est pas une montagne.
Sébastien : Une piscine qui tue, Diane.
Raphaël : C’est une image forte, Sébastien, mais elle est juste. Et le volume réduit est un avantage comparé aux millions de tonnes de cendres toxiques du charbon, qui elles sont en plein air.
Sébastien : Enfouir, c’est cacher. On met les déchets sous le tapis — au sens propre — et on espère que ça tiendra. Ce n’est pas à la hauteur du problème.
Raphaël : Sébastien, je comprends ton scepticisme, mais la géologie est une science. L’argile n’a pas bougé depuis cent soixante millions d’années. Ce n’est pas un pari fou.
Fatou : Mais qui garantit que dans mille ans, quelqu’un ne creusera pas là par accident ? Diane, est-ce que l’industrie a une réponse à ça ?
Diane : On travaille sur des marqueurs de danger qui résisteraient des millénaires. C’est un défi, je ne le nie pas.
Diane : Mais en fin de compte, toute production d’énergie génère des déchets. Le charbon rejette ses déchets directement dans l’air que nous respirons.
Sébastien : Ne compare pas le nucléaire au charbon pour te donner le beau rôle, Diane. Personne ici ne défend le charbon.
Diane : Ce n’est pas le beau rôle, Sébastien. C’est le contexte.
Raphaël : Il a raison. Mais il faut quand même comparer les solutions entre elles, Sébastien. C’est le principe même du débat.
Fatou : Raphaël, est-ce qu’il existe des pistes pour réduire la durée de vie de ces déchets ? J’ai entendu parler de la transmutation.
Raphaël : Oui, Fatou, la transmutation consiste à bombarder les déchets avec des neutrons pour transformer les éléments à vie longue en éléments à vie plus courte. C’est prometteur, mais encore expérimental. On n’en est qu’au début.
Sébastien : Encore expérimental. Toujours des promesses.
Fatou : Ce qui me frappe, c’est qu’après soixante-dix ans de nucléaire civil, on n’a toujours pas de solution définitive pour les déchets. Ça donne à réfléchir.
Diane : C’est vrai, Fatou, et je ne prétends pas le contraire. Mais l’absence de solution parfaite ne veut pas dire l’absence de solutions viables. Cigéo est imparfait, la transmutation est lointaine, mais on avance.
Diane : Revenons au climat, parce que c’est là que le nucléaire a une carte maîtresse. Raphaël, les chiffres du gaz carbonique ?
Raphaël : Selon le GIEC, le nucléaire émet environ douze grammes de gaz carbonique par kilowattheure sur l’ensemble de son cycle de vie. C’est comparable à l’éolien, et bien en dessous du gaz ou du charbon.
Fatou : Douze grammes ? Raphaël, pour donner une échelle, le gaz naturel, c’est combien ?
Raphaël : Le gaz, c’est autour de quatre cent quatre-vingts grammes, Fatou. Et le charbon dépasse les huit cents. On est dans un tout autre ordre de grandeur.
Sébastien : Douze grammes, d’accord, mais ce chiffre ne prend pas en compte la construction des centrales, l’extraction de l’uranium, le transport, le démantèlement. Si on ajoute tout, le bilan s’alourdit.
Raphaël : Si, Sébastien, justement, ce chiffre inclut tout le cycle de vie. C’est une analyse du berceau à la tombe. Tu as beau chercher la faille, les données sont solides.
Sébastien : D’accord, je te l’accorde.
Fatou : Diane, si le nucléaire est si propre en gaz carbonique, pourquoi est-ce que tant de mouvements écologistes sont contre ?
Diane : Parce que le débat n’est pas seulement scientifique, Fatou. Il est émotionnel, politique, historique. Tchernobyl a marqué toute une génération. Et les déchets, même s’ils sont gérables, font peur.
Raphaël : Et il y a un facteur qu’on sous-estime, Diane : la peur de l’invisible. La radioactivité, on ne la voit pas, on ne la sent pas. C’est ça qui rend le nucléaire plus effrayant que le charbon, même si le charbon tue davantage chaque année.
Sébastien : Ce n’est pas seulement de la peur, Diane. C’est de la prudence. Quand on ne sait pas gérer les déchets pour l’éternité, on n’a pas le droit de dire que c’est propre. C’est propre au détriment des générations futures.
Fatou : C’est un argument fort, Sébastien.
Raphaël : Sébastien, je t’entends. Mais le changement climatique, lui, fait des dégâts maintenant.
Raphaël : On ne peut pas se permettre de fermer des centrales qui ne polluent presque pas l’air, en attendant que les renouvelables soient prêtes à prendre le relais.
Fatou : C’est tout le dilemme, non ? Protéger le climat aujourd’hui au risque de laisser des déchets demain, ou refuser le nucléaire au risque d’aggraver le réchauffement. Il n’y a pas de solution parfaite.
Diane : C’est exactement ça, Fatou. Et c’est pour ça que le débat est si difficile. Mais il faut bien qu’on prenne les devants, parce que le temps presse.
Sébastien : Prendre les devants, oui, mais pas en construisant de nouvelles centrales qui mettront quinze ans à sortir de terre. Le climat n’a pas quinze ans devant lui.
Diane : Justement, Sébastien, c’est pour ça qu’il faut prolonger les centrales existantes. Elles sont là, elles fonctionnent, et chaque année de fonctionnement, ce sont des millions de tonnes de gaz carbonique évitées.
Sébastien : Prolonger des centrales vieillissantes ? C’est jouer avec le feu, Diane. Certaines ont plus de quarante ans.
Raphaël : L’âge seul ne dit pas tout. Elles sont inspectées, rénovées, mises aux normes. Mais c’est vrai qu’il y a une limite, et il faut que l’ASN reste intransigeante là-dessus.
Fatou : Voilà un point d’accord, non ?
Raphaël : Sébastien, tu promettais des alternatives. On t’écoute. Qu’est-ce qu’on met à la place du nucléaire ?
Sébastien : Le solaire et l’éolien, d’abord. Les coûts ont chuté de façon spectaculaire en dix ans. Le prix du panneau solaire a été divisé par dix. Et puis, ce sont des énergies décentralisées : chaque toit peut devenir une petite centrale.
Diane : C’est vrai, les coûts ont baissé. Mais Sébastien, le soleil ne brille pas la nuit, et le vent ne souffle pas toujours. Comment fais-tu quand il n’y a ni soleil ni vent pendant une semaine en hiver ?
Sébastien : Les batteries, le stockage par hydrogène, l’hydraulique. Les solutions existent, Diane. On a beau dire que c’est impossible, la technologie avance.
Raphaël : Sébastien, les batteries à grande échelle ne sont pas encore à la hauteur de la demande. Stocker l’électricité pour tout un pays pendant une semaine, on ne sait pas faire aujourd’hui.
Sébastien : Pas encore, Raphaël. Pas encore.
Fatou : C’est un point crucial. Diane, est-ce que le nucléaire et le renouvelable ne pourraient pas coexister, tout simplement ?
Diane : C’est ce que je défends, Fatou. Le nucléaire fournit une base stable, le solaire et l’éolien complètent quand les conditions sont bonnes. L’un ne va pas sans l’autre, en tout cas pas pour l’instant.
Sébastien : Mais si on investit des milliards dans le nucléaire, c’est autant d’argent qu’on n’investit pas dans les renouvelables. Il y a un choix budgétaire, et je refuse qu’on le passe sous silence.
Diane : Sébastien, le budget n’est pas un gâteau qu’on coupe en deux. On peut financer les deux si la volonté politique est là.
Raphaël : Ce n’est pas forcément l’un ou l’autre, Sébastien. En général, les pays qui réussissent leur transition ont souvent les deux.
Fatou : Et il ne faut pas oublier la sobriété énergétique. Consommer moins, c’est aussi une solution, mais personne n’aime en parler.
Raphaël : Personne, parce que ça touche au confort. On veut de l’énergie propre, mais sans changer nos habitudes. C’est la contradiction de notre époque.
Sébastien : Là, Fatou, je suis entièrement d’accord avec toi. La meilleure énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas.
Diane : Même moi, je ne peux pas contester ça. Mais la sobriété seule ne suffira pas. Il faut aussi produire, et produire proprement.
Fatou : Et isoler les bâtiments, Diane. On perd une énergie folle par les fenêtres et les murs mal isolés. Sébastien, tu en penses quoi ?
Sébastien : L’isolation, c’est la mesure la plus efficace et la moins controversée. Et pourtant, la France est en retard. On préfère construire des réacteurs plutôt que d’isoler des passoires thermiques.
Diane : On peut faire les deux, Sébastien.
Sébastien : Encore faut-il le vouloir.
Fatou : Tournons-nous vers l’avenir. Raphaël, tu es physicien : la fusion nucléaire, c’est le Graal, non ? ITER, à Cadarache, dans le sud de la France, qu’est-ce que c’est exactement ?
Raphaël : ITER, c’est un projet international qui essaie de reproduire la réaction du soleil sur Terre.
Raphaël : Au lieu de casser des atomes comme la fission, on fusionne des atomes légers. En théorie, c’est une énergie quasi illimitée, avec très peu de déchets dangereux.
Sébastien : En théorie, Raphaël. Ça fait soixante ans qu’on nous promet la fusion pour dans trente ans. C’est toujours pour demain, et demain ne vient jamais.
Diane : C’est un peu facile, Sébastien.
Raphaël : C’est l’argument classique, et je ne vais pas le nier. Mais les progrès récents sont réels. On a atteint des records de température et de confinement du plasma. Ce n’est plus de la science-fiction.
Fatou : Raphaël, concrètement, quand est-ce qu’on pourrait avoir un premier réacteur à fusion qui produit de l’électricité pour le réseau ?
Raphaël : Honnêtement, Fatou, pas avant les années deux mille cinquante, au mieux. Et il faudra encore une décennie pour l’industrialiser. Donc on parle de la deuxième moitié du siècle.
Sébastien : Trop tard pour le climat.
Diane : Pour le climat d’aujourd’hui, oui. Mais pas pour celui de nos petits-enfants. Il faut penser à long terme aussi, Sébastien.
Fatou : Et les SMR, les petits réacteurs modulaires ? Diane, qu’est-ce que c’est, et pourquoi tout le monde en parle ?
Diane : Les SMR, ce sont des réacteurs beaucoup plus petits que les centrales classiques. On peut les construire en usine, les transporter sur site, et les installer plus vite. Plusieurs pays développent cette technologie en ce moment.
Sébastien : Plus petits, d’accord, mais est-ce qu’ils produisent moins de déchets ? Parce que si c’est juste le même problème en format réduit, ça ne résout rien.
Raphaël : Certains modèles promettent de recycler une partie du combustible usé. Mais tu as raison, Sébastien, c’est encore au stade du prototype. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Fatou : Ce qui est certain, c’est que la recherche continue. Et c’est peut-être ça, la vraie réponse : ne pas choisir entre le nucléaire et le renouvelable, mais investir dans les deux, et dans la recherche.
Diane : Fatou, je suis d’accord avec toi. Et j’ajouterais qu’il faut être à la hauteur de l’urgence climatique. On ne peut pas se permettre d’exclure des options par idéologie.
Sébastien : Et moi j’ajouterais qu’on ne peut pas non plus accepter n’importe quoi au nom de l’urgence. L’urgence ne justifie pas l’imprudence.
Raphaël : C’est tout le défi de notre époque : concilier l’urgence et la prudence.
Fatou : Bien dit, Raphaël.
Diane : Merci à vous trois, Sébastien, Fatou, Raphaël. On n’a pas trouvé la réponse ce soir, mais force est de constater qu’on a mis en lumière les vrais enjeux.
Sébastien : Merci, Diane. On n’est pas d’accord, mais j’ai appris des choses ce soir. Et je continuerai à me battre, envers et contre tout.
Fatou : En fin de compte, la vérité est quelque part entre vos deux positions. Merci de m’avoir laissée poser mes questions.
Diane : Tes questions étaient essentielles, Fatou. C’est grâce à elles qu’on a creusé le sujet.
Raphaël : Un petit résumé : le nucléaire produit très peu de gaz carbonique, mais laisse des déchets dangereux pour des millénaires.
Raphaël : Les renouvelables progressent, mais ne suffisent pas encore à elles seules. La fusion est prometteuse, mais pas pour demain. Et la sobriété, tout le monde devrait en parler davantage.
Sébastien : Et l’isolation, Raphaël. N’oublie pas l’isolation.
Raphaël : Merci d’avoir écouté ce débat. Et vous, êtes-vous pour ou contre le nucléaire ? Écrivez votre réponse en français, avec au moins deux arguments. À très bientôt !