Pas de crème dans la carbonara ! (A2)

No cream in the carbonara! — Marie watched her cousin put cream in a carbonara in front of an Italian friend. Pasta, pizza, twenty regions and a list of rules, with Thomas defending pineapple and cappuccino after lunch.

Marie : … et là, il a mis de la crème. De la crème ! Dans une carbonara !

Thomas : Attends, qui a mis de la crème ?

Marie : Mon cousin. Samedi soir. Devant mon amie italienne, Giulia.

Thomas : Oh non. Et elle a dit quoi ?

Marie : Rien. Elle a regardé l'assiette pendant dix secondes. En silence.

Thomas : Ouh là. C'est pire qu'un cri.

Marie : Bonjour à tous, au fait ! Aujourd'hui, on va parler de la cuisine italienne.

Thomas : Et de ses règles. Parce qu'il y a des règles, apparemment.

Marie : Beaucoup de règles. Bon, la carbonara d'abord. Giulia m'a donné la vraie recette.

Marie : Des pâtes, du guanciale, des œufs, du pecorino et du poivre noir. C'est tout.

Thomas : Le guanciale, c'est quoi ?

Marie : C'est de la joue de porc. Un peu comme du lard.

Thomas : Et pas de crème du tout ?

Marie : Pas du tout. La sauce, c'est l'œuf et le fromage, avec un peu d'eau des pâtes.

Thomas : Mouais. Moi, j'aime bien la version avec crème. C'est plus facile.

Marie : Plus facile, peut-être. Mais ce n'est pas une carbonara.

Thomas : Franchement, qui décide ? Il n'y a pas de police de la carbonara.

Marie : En Italie, si ! La police, c'est tout le monde.

Thomas : Bon. Et la pizza ? Elle vient de Naples, non ?

Marie : La pizza moderne, oui, elle est née à Naples.

Thomas : Et il y a une belle histoire. Je l'ai lue hier.

Thomas : On raconte qu'une reine est venue à Naples, la reine Marguerite.

Thomas : Un pizzaïolo a préparé une pizza pour elle, avec trois couleurs : rouge, blanc, vert. Comme le drapeau italien.

Thomas : La tomate, la mozzarella et le basilic. Et voilà la pizza Margherita !

Marie : Jolie histoire. Mais elle est vraie ?

Thomas : Peut-être, peut-être pas. À Naples, on aime les belles histoires.

Marie : Et la pizza à l'ananas ? Tu en as déjà mangé ?

Thomas : Plusieurs fois. Et j'ai adoré. Pardon !

Marie : Je vais appeler Giulia.

Thomas : Non, s'il te plaît ! Et tu sais quoi ? La pizza à l'ananas n'est pas italienne. Elle est née au Canada.

Marie : Au Canada ? Ah, ça explique tout.

Thomas : Tu exagères. C'est bon, le sucré-salé.

Marie : Ça dépend. Ananas et jambon sur une pizza ? Bof.

Marie : Bon, en fait, il n'y a pas une cuisine italienne. Il y a vingt cuisines !

Thomas : Vingt ? Comment ça ?

Marie : L'Italie a vingt régions, et chaque région a ses plats.

Marie : Au nord, on mange beaucoup de riz, de beurre et de polenta. Par exemple, le risotto de Milan, avec du safran.

Marie : À Gênes, il y a le pesto : du basilic, des pignons, de l'ail, du fromage et de l'huile d'olive.

Thomas : Et au sud, la tomate, le soleil, le poisson…

Thomas : Et Bologne ! Les spaghettis bolognaise !

Marie : Ah non, alors ! À Bologne, le ragù, on le mange avec des tagliatelles. Pas avec des spaghettis.

Thomas : Sérieusement ? L'année dernière, à Rome, j'ai commandé des spaghettis bolognaise.

Marie : Et le serveur a souri, non ?

Thomas : Il a souri. Maintenant, je comprends pourquoi.

Thomas : Bon. Tu vas me donner toutes les règles, alors ?

Marie : Les plus importantes. Numéro un : on ne casse pas les spaghettis.

Thomas : Jamais ? Même dans une petite casserole ?

Marie : Jamais. Tu attends une minute, et ils descendent tout seuls dans l'eau.

Marie : Numéro deux : pas de parmesan sur les pâtes au poisson.

Thomas : Ah, ça, c'est nouveau pour moi. Et le ketchup ?

Marie : Thomas. S'il te plaît.

Thomas : Je plaisante ! Je plaisante.

Marie : Numéro trois : dans un grand repas, les pâtes arrivent au début. C'est le primo, le premier plat.

Marie : Après, il y a le secondo, avec la viande ou le poisson.

Thomas : Attends. Les pâtes, c'est juste le début ?

Marie : Dans un grand repas, oui. Le mardi soir, non. Heureusement !

Marie : Et numéro quatre : le cappuccino, c'est le matin. Pas après le repas.

Thomas : Ah non, là, je ne suis pas d'accord. Hier, j'ai pris un cappuccino après une pizza, et j'ai trouvé ça parfait.

Marie : Tu peux. Mais tu vas passer pour un touriste.

Thomas : Tant pis ! Je suis un touriste heureux.

Thomas : Franchement, toutes ces règles, ça ne te fatigue pas ?

Marie : Non. Pour moi, c'est du respect. Les Italiens aiment leurs produits.

Marie : Une recette simple, quatre ou cinq bons produits, et c'est tout. Le secret, c'est ça.

Thomas : D'accord, mais la cuisine change aussi. La tomate est arrivée d'Amérique, non ?

Marie : Bien vu. Elle est arrivée en Europe il y a environ cinq cents ans.

Thomas : Tu vois ? Sans changement, pas de pizza Margherita !

Marie : Mouais. Joli argument.

Thomas : Alors la crème dans la carbonara, c'est peut-être le futur !

Marie : Non. Là, tu vas trop loin.

Thomas : Un peu, peut-être.

Marie : Bon. Ce week-end, je vais faire une carbonara. La vraie. Tu viens ?

Thomas : Avec plaisir ! Et j'apporte la crème.

Marie : Alors tu restes à la porte.

Thomas : Sans crème, sans crème ! Promis.

Marie : Et Giulia va venir aussi. Elle va tout vérifier.

Thomas : Ouh là. J'ai un peu peur, maintenant.

Marie : Tu as raison. À bientôt !