Les Mayas, entre étoiles et sécheresse (B2)
The Maya, between stars and drought — The 2012 'end of the world' that the Maya never predicted, the codices burned in 1562, and a temple rising out of the jungle at Tikal. A drought theorist and a sceptic argue over why the great classic cities were abandoned.
Marie : Vingt et un décembre deux mille douze. Tu te rappelles ce que tu faisais ce jour-là ?
Thomas : Je mangeais des pâtes, je crois. En attendant la fin du monde.
Marie : Voilà. La fin du monde que les Mayas auraient prédite. Sauf qu'ils n'ont jamais rien prédit de tel.
Thomas : Attends, on n'a même pas dit bonjour.
Marie : Bonjour à tous ! Aujourd'hui, la civilisation maya, et ce que son fameux calendrier disait vraiment.
Thomas : Et pourquoi ses grandes cités ont été abandonnées. C'est la question qui m'obsède.
Marie : Le calendrier d'abord. Les Mayas combinaient plusieurs cycles : un calendrier rituel de deux cent soixante jours et une année de trois cent soixante-cinq jours.
Marie : Et puis il y avait le Compte long, qui comptait les jours depuis une date de départ correspondant à l'an trois mille cent quatorze avant notre ère.
Thomas : Et en deux mille douze, le compteur arrivait au bout ?
Marie : Il bouclait un grand cycle, c'est tout. Comme un compteur kilométrique qui passe à un chiffre rond. La voiture ne s'arrête pas pour autant.
Thomas : Donc aucune prophétie. Quelle déception.
Marie : Pour faire ces calculs, ils utilisaient un signe pour le zéro, ce qui était loin d'être courant à l'époque.
Thomas : Et l'astronomie ? On dit qu'ils suivaient Vénus de très près.
Marie : Le codex de Dresde contient des tables qui permettaient de prévoir les apparitions de Vénus avec une précision impressionnante.
Thomas : Un codex, c'est un livre ?
Marie : Un livre en papier d'écorce, plié en accordéon. Il n'en reste que quatre, parce que les Espagnols ont brûlé presque tous les autres.
Thomas : Diego de Landa, en mille cinq cent soixante-deux, à Maní. Un autodafé.
Marie : Et le plus cruel, c'est que ce même Landa a laissé une description de l'écriture dont les chercheurs se sont servis, des siècles plus tard, pour la déchiffrer.
Thomas : C'est le comble. Et aujourd'hui, on sait lire ces glyphes ?
Marie : En grande partie. Pendant longtemps, les spécialistes pensaient que les inscriptions ne parlaient que de dates et d'astres.
Marie : Puis, dans les années cinquante, le linguiste soviétique Youri Knorozov a montré que beaucoup de signes notaient des sons.
Marie : Et Tatiana Proskouriakoff a prouvé que les stèles racontaient la vie de rois réels : naissances, guerres, prises de pouvoir.
Thomas : Des rois qui se vantaient, en somme.
Marie : En gros, oui. De la communication politique gravée dans la pierre.
Thomas : Bon. Maintenant, Tikal. Parce que j'y suis allé, et ça m'a laissé sans voix.
Thomas : Tu marches dans la jungle, tu entends les singes hurleurs, et d'un coup, un temple de plus de quarante mètres surgit au-dessus des arbres.
Thomas : C'était l'une des plus puissantes cités de l'époque classique, une ville qui a dominé la région pendant des siècles.
Marie : Et qui a fini par être abandonnée.
Thomas : Voilà. Au neuvième siècle, on cesse de construire, on cesse de graver des stèles, et la population s'effondre.
Thomas : Et moi, j'ai une réponse simple : la sécheresse.
Marie : Mouais. Simple, justement. Trop simple.
Thomas : Il y a des preuves ! Des chercheurs ont analysé les sédiments de lacs de la région, qui montrent des sécheresses sévères à cette période.
Thomas : Et une ville comme Tikal, où il n'y avait pas de rivière, dépendait de réservoirs remplis par la pluie.
Marie : Je ne dis pas que la sécheresse n'a pas joué. Je dis qu'elle n'explique pas tout.
Marie : Il y avait aussi des guerres incessantes entre cités, une forte déforestation, et des rois qui perdaient leur prestige.
Marie : Un roi qui se présente comme l'intermédiaire des dieux et qui n'obtient pas la pluie, tu crois qu'il garderait longtemps son trône ?
Thomas : Donc la sécheresse aurait mis le feu aux poudres, et le reste aurait suivi. Ça me va.
Marie : Pas si vite. Il y a un détail qui dérange ton histoire.
Marie : Au nord, dans le Yucatán, des villes comme Chichén Itzá ont prospéré au moment même où le sud se vidait.
Thomas : Peut-être parce que le nord gérait l'eau autrement. Je n'en sais rien, à vrai dire.
Marie : Ce qui montre qu'il n'y a pas eu un effondrement unique, mais une transformation qui a duré plus d'un siècle.
Marie : Et surtout, les Mayas n'ont pas disparu. Aujourd'hui, des millions de personnes parlent des langues mayas, au Guatemala, au Mexique, au Belize.
Thomas : Ça, je te l'accorde. Le mot « disparition », on devrait l'interdire.
Marie : Et la jungle cachait bien plus que ce qu'on imaginait.
Thomas : Le lidar ! Je savais que tu en parlerais.
Marie : En deux mille dix-huit, des scans laser réalisés depuis un avion ont révélé plus de soixante mille structures sous la forêt du Petén.
Marie : Des maisons, des chaussées surélevées, des canaux, des terrasses agricoles. Une population bien plus dense qu'on ne le pensait.
Thomas : Une région très peuplée, dont l'agriculture dépendait de la pluie… Ça renforce mon hypothèse, non ?
Marie : Ou la mienne : une société aussi complexe ne tombe pas pour une seule raison.
Thomas : On ne sera jamais d'accord, toi et moi.
Marie : Si, sur un point : si les Mayas avaient prédit la fin du monde, ils se seraient trompés.
Thomas : Et moi, j'aurais mangé mes pâtes pour rien.