Le cœur d'un athlète (B1)

An athlete's heart — Thomas wakes up with a pulse of forty-two and is very proud of it. What endurance training does to the heart, why a big heart can be a good sign, and why Marie still thinks more is not always better.

Thomas : Quarante-deux. Quarante-deux battements par minute.

Marie : Pardon ?

Thomas : Mon pouls, ce matin, au réveil. Je l'ai mesuré avec ma montre, et je suis assez fier.

Marie : Bonjour à tous, et bienvenue chez Thomas, qui compte ses battements de cœur dans son lit.

Thomas : Bonjour ! Et oui, aujourd'hui, on parle du cœur des athlètes. De ce que l'entraînement fait au cœur.

Marie : Alors d'abord, une question sérieuse. Quarante-deux, ce n'est pas un peu inquiétant ?

Thomas : Pour un adulte, au repos, on considère en général qu'un pouls entre soixante et cent, c'est normal.

Thomas : Mais chez les sportifs d'endurance, on descend souvent en dessous de soixante. Parfois bien en dessous.

Thomas : On raconte que Miguel Indurain, le cycliste, avait un pouls de vingt-huit au repos.

Marie : Vingt-huit ? Mais il était vivant, au moins ?

Thomas : Bien vivant. Il a gagné cinq Tours de France.

Marie : Et toi ? Tu as toujours été à quarante-deux ?

Thomas : Pas du tout. Quand j'avais vingt-cinq ans, j'étais à soixante-quinze. Je ne faisais aucun sport, je mangeais n'importe comment.

Thomas : Puis j'ai commencé à courir, et petit à petit, le chiffre a baissé.

Marie : D'accord, mais pourquoi ? Ton cœur est devenu paresseux ?

Thomas : Au contraire. Il est devenu plus efficace. Le cœur, c'est un muscle, et il s'adapte comme les autres.

Thomas : Avec l'entraînement d'endurance, la grande chambre du cœur, le ventricule gauche, devient plus grande.

Thomas : Elle se remplit avec plus de sang. Donc, à chaque battement, le cœur envoie plus de sang dans le corps.

Thomas : Et s'il envoie plus de sang à chaque fois, il n'a pas besoin de battre aussi souvent.

Marie : Comme une pompe plus grosse qui tourne moins vite.

Thomas : Exactement. Tu as tout compris.

Marie : Attends. Un gros cœur, moi, ça me fait froid dans le dos.

Marie : Mon grand-père avait le cœur trop gros, et ce n'était pas une bonne nouvelle. Il était toujours fatigué, il avait du mal à monter l'escalier.

Thomas : Je comprends. Et c'est justement tout le problème : de loin, les deux se ressemblent.

Thomas : Chez ton grand-père, le cœur grossissait parce qu'il était malade et qu'il travaillait mal.

Thomas : Chez un sportif, il grossit parce qu'il travaille bien. Et si le sportif arrête, en quelques mois, son cœur reprend une taille normale.

Marie : Donc si tu arrêtes de courir demain, tu perdras ton beau cœur.

Thomas : Je le perdrai, oui. Mais je n'ai pas l'intention d'arrêter.

Marie : Et tous les sports donnent le même cœur ? Un marathonien et un haltérophile, par exemple ?

Thomas : Non. La théorie classique dit que l'endurance agrandit surtout les chambres, alors que la force épaissit plutôt les parois.

Thomas : Mais en réalité, c'est souvent un mélange. Un rameur ou un cycliste fait les deux.

Marie : Bon. Jusqu'ici, tout va bien. Mais maintenant, c'est mon tour, parce que j'ai creusé un peu.

Marie : Il y a eu une grande étude en Suède, sur des skieurs de fond. Des gens qui faisaient une course très longue, année après année.

Marie : Et ceux qui avaient fait le plus de courses, et le plus vite, avaient plus souvent un cœur qui battait de façon irrégulière.

Marie : Ça s'appelle la fibrillation atriale. Et d'autres études disent la même chose chez les vieux sportifs d'endurance.

Thomas : Mouais. Le risque augmente un peu, c'est vrai. Mais les gens qui font du sport vivent en moyenne plus longtemps.

Marie : En moyenne. Moi, je te parle des gens qui en font trop. Ce n'est pas la même chose.

Thomas : Et c'est quoi, trop ? Tu mets la limite où ?

Marie : Je ne sais pas. Personne ne sait vraiment. C'est bien ça qui me gêne.

Thomas : Bon, je te l'accorde.

Marie : Et puis il y a ces histoires de jeunes sportifs qui tombent pendant un match.

Thomas : Oui, mais là, c'est différent. Souvent, ils avaient une maladie du cœur que personne n'avait vue.

Thomas : C'est le sport qui a révélé le problème. Ce n'est pas le sport qui l'a créé.

Marie : Justement. Alors voilà mon conseil : si vous commencez un sport intense, allez voir un médecin d'abord.

Marie : Et si un jour vous avez mal à la poitrine, ou le cœur qui bat la chamade sans raison, n'attendez pas. Parlez-en à un médecin.

Thomas : Là, je suis d'accord à cent pour cent. Moi, j'ai fait un électrocardiogramme avant mon premier marathon.

Marie : Et alors ?

Thomas : Le médecin a dit : vous avez un cœur de sportif. J'étais aux anges.

Marie : Évidemment. Mais tu sais ce qui me fait rire ?

Thomas : Non, quoi ?

Marie : Ton pouls a baissé à quarante-deux, mais ton ego, lui, a beaucoup grossi.

Thomas : C'est un muscle aussi. Il s'entraîne.

Marie : Bon. Demain matin, je mesurerai mon pouls, moi aussi. On verra qui gagne.

Thomas : Avant ou après ton café ?

Marie : Après le troisième, évidemment. Sinon, ce n'est pas du jeu.

Thomas : Tu vas me battre de très loin, alors. Mais pas dans le bon sens.

Marie : Au revoir à tous, et prenez soin de votre cœur.