Où se trouve la douleur ? (B2)

Where is pain? — A brain that feels nothing, pain in a hand that no longer exists, a mirror that cures it — and why a life without pain is a danger.

Marie : Thomas, une question étrange : quand tu te brûles la main, où se trouve la douleur ?

Thomas : Dans la main, évidemment. C'est là que ça fait mal.

Marie : C'est ce que tout le monde pense. Pourtant, la main ne fait qu'envoyer un signal. C'est le cerveau qui décide si ce signal devient une douleur.

Thomas : Et le cerveau lui-même, il peut avoir mal ?

Marie : Non, il ne possède aucun récepteur de la douleur. C'est pourquoi certains patients restent éveillés pendant une opération du cerveau.

Thomas : On leur parle pendant que le chirurgien opère ?

Marie : Oui, pour vérifier qu'on ne touche pas une zone dont ils ont besoin pour parler ou bouger.

Thomas : D'accord. Mais si la douleur venait vraiment du cerveau, on pourrait avoir mal à une partie du corps qui n'existe plus.

Marie : C'est exactement ce qui arrive. Beaucoup de personnes amputées souffrent dans un membre fantôme.

Thomas : Une douleur dans une main qu'on n'a plus… Comment la soigner ?

Marie : Dans les années quatre-vingt-dix, le neurologue Ramachandran a eu une idée d'une simplicité étonnante : une boîte avec un miroir.

Thomas : Un simple miroir ? Comment fonctionnerait-il ?

Marie : Le patient place sa main valide devant le miroir. Le reflet donne l'impression que la main disparue est revenue et qu'elle bouge.

Thomas : Et le cerveau, trompé, relâcherait la crampe fantôme ?

Marie : Chez certains patients, oui. La douleur diminue, sans aucun médicament.

Thomas : Alors, une vie sans douleur, ce serait le rêve, non ?

Marie : Au contraire. Certaines personnes naissent incapables de sentir la douleur, à cause d'une mutation génétique.

Thomas : Je les aurais crues chanceuses.

Marie : Elles se blessent sans s'en rendre compte : des brûlures, des fractures dont elles ne s'aperçoivent pas. Leur vie est souvent en danger.

Thomas : Donc la douleur serait moins un ennemi qu'une alarme, sans laquelle nous ne survivrions pas longtemps.

Marie : Voilà. Désagréable, mais indispensable.