Le requin est en panne (A2)

The shark has broken down — A robot shark that keeps breaking, spaceship models, ape make-up, a tearful Gandalf in front of a green screen and a T. rex dried with hair dryers. Is the best special effect the one you don't see?

Marie : « Le requin ne marche pas. » C'est la phrase du tournage. Tous les jours, pendant des semaines.

Thomas : Attends, quel requin ? Tu commences par la fin, là.

Marie : Pardon. Bonjour à tous ! Aujourd'hui, on parle des effets spéciaux.

Marie : Et je commence par mon histoire préférée : Les Dents de la mer, de Steven Spielberg.

Thomas : Ah, le grand requin blanc. Il m'a fait peur toute mon enfance.

Marie : Eh bien, ce requin, c'est un robot. Un énorme robot en métal et en plastique.

Marie : Et dans la mer, il est souvent tombé en panne. L'eau salée a abîmé la machine.

Marie : Alors Spielberg a eu une idée : on va moins montrer le requin.

Thomas : Moins ? Dans un film de requin ?

Marie : Beaucoup moins. On voit l'eau, un aileron, on entend la musique… et c'est tout.

Marie : Et en fait, ça fait encore plus peur.

Thomas : C'est dingue. Une panne a fait un chef-d'œuvre.

Marie : Parfois, un problème devient une bonne idée.

Thomas : Bon, moi, je vais être honnête. Je préfère les vieux effets. Les maquettes, le maquillage. Les vrais objets.

Marie : Mouais. Tu es un peu nostalgique, non ?

Thomas : Pas du tout ! Regarde La Guerre des étoiles, le premier film, en mille neuf cent soixante-dix-sept.

Thomas : Les vaisseaux, ce sont des maquettes. Des petits modèles, avec des milliers de détails.

Thomas : Pour les détails, les techniciens ont collé des morceaux de maquettes d'avions et de chars.

Thomas : Et à l'écran, on croit à un vaisseau géant.

Marie : C'est malin. Mais les maquettes, ça se voit un peu, non ?

Thomas : Ça dépend. Et pour moi, ça a du charme.

Marie : Et le maquillage ? Tu as un exemple ?

Thomas : La Planète des singes, en mille neuf cent soixante-huit. Les acteurs ont porté des masques de singe.

Thomas : Des heures de maquillage chaque matin. Et le maquilleur, John Chambers, a reçu un Oscar spécial pour ce travail.

Marie : Un Oscar pour du maquillage ? C'est pas mal.

Thomas : C'est plus que pas mal. C'est de l'art.

Marie : Bon. Moi, je vais défendre le fond vert.

Thomas : Ah non, pas le fond vert !

Marie : Si. C'est simple : l'acteur joue devant un grand mur vert.

Marie : Après, l'ordinateur enlève le vert. Et on met ce qu'on veut derrière : une ville, une planète, un volcan.

Thomas : Pourquoi vert ? Pourquoi pas rouge ?

Marie : Parce qu'il n'y a pas de vert dans la peau. L'ordinateur trouve le vert facilement.

Marie : Et attention : si tu portes un pull vert, tu deviens invisible !

Thomas : Ah, c'est drôle. Un homme sans corps, juste une tête.

Thomas : Mais pour l'acteur, c'est horrible. Il joue devant rien.

Thomas : Tu connais l'histoire de Ian McKellen ? Gandalf, dans Le Hobbit ?

Marie : Non, raconte.

Thomas : Pour certaines scènes, il a joué seul, devant du vert. Avec treize photos des nains, sur des petits supports.

Thomas : Un jour, il a pleuré. Et il a dit : « Ce n'est pas pour ça que je suis devenu acteur. »

Thomas : Et son micro est resté allumé. Tout le studio a entendu.

Marie : Oh non. Le pauvre.

Thomas : Tu vois ? Le fond vert, c'est triste pour les acteurs.

Marie : Bof. C'est leur métier. Un acteur, ça fait semblant.

Thomas : Faire semblant, d'accord. Mais avec un vrai décor, c'est plus facile.

Marie : Et puis, sans ordinateur, pas de Jurassic Park.

Thomas : Justement ! Jurassic Park, c'est mon exemple.

Thomas : Le grand tyrannosaure, sous la pluie, c'est un vrai robot. Énorme.

Thomas : L'ordinateur, c'est pour d'autres scènes. Le film utilise les deux ensemble.

Marie : Ah bon ? Pour moi, tout est sur ordinateur, dans ce film.

Thomas : Non. Et sous la pluie, le robot a eu un gros problème.

Thomas : La peau du dinosaure a bu l'eau, comme une éponge. Le robot est devenu très lourd, et il a commencé à trembler.

Marie : Encore une machine en panne ! Comme le requin.

Thomas : Et entre les prises, l'équipe a séché le dinosaure avec des serviettes et des sèche-cheveux.

Marie : Des sèche-cheveux ? Pour un tyrannosaure ?

Thomas : Pour de vrai !

Marie : Bon, j'avoue, ces histoires, c'est génial.

Marie : Mais moi, je reste pour l'ordinateur. On peut tout faire. Des dragons, des océans, des galaxies.

Thomas : Tout faire, oui. Mais trop d'effets, ça me fatigue.

Thomas : Après deux heures d'explosions, j'en ai marre.

Marie : Là, tu as raison. Trop d'effets, ce n'est pas bon.

Thomas : Le meilleur effet, c'est l'effet qu'on ne voit pas.

Marie : Belle phrase. Tu vas la mettre sur un t-shirt ?

Thomas : Peut-être ! Et toi, tu vas regarder Les Dents de la mer ce soir ?

Marie : Ah non ! Je vais avoir la chair de poule. Et je vais nager demain !

Thomas : Ne t'inquiète pas. Le requin est en panne.

Marie : Très drôle. Et vous : les maquettes ou l'ordinateur ? À bientôt !