Les exoplanètes (B2)

Exoplanets — In 1995, two Swiss astronomers found a planet nobody thought could exist. Thirty years and thousands of planets later, Marie loves the hunt and Thomas is tired of every rock being called a "second Earth".

Marie : Imagine une planète plus grosse que Jupiter, qui ferait le tour de son étoile en quatre jours.

Thomas : Impossible. Jupiter met presque douze ans.

Marie : C'est exactement ce que tout le monde disait en mille neuf cent quatre-vingt-quinze. Et pourtant, elle existe.

Thomas : Bonjour à tous. Marie a décidé de commencer par un piège.

Marie : Bonjour ! Aujourd'hui, on parle des exoplanètes, c'est-à-dire des planètes qui tournent autour d'une autre étoile que le Soleil.

Thomas : Et ta planète piège, c'est laquelle ?

Marie : Cinquante et un Pegasi b. La première planète découverte autour d'une étoile qui ressemble au Soleil.

Marie : On la doit à deux astronomes de Genève, Michel Mayor et Didier Queloz, qui observaient depuis l'observatoire de Haute-Provence.

Marie : Ils ont reçu le prix Nobel de physique pour ça, en deux mille dix-neuf.

Thomas : Attends, la première ? Il y en avait déjà en quatre-vingt-douze, non ?

Marie : Autour d'un pulsar, oui. Une étoile morte, qui n'a rien à voir avec le Soleil. D'où la précision.

Thomas : Bon, je t'accorde le point.

Thomas : Et ce qui me fascine, c'est que personne ne cherchait ce genre de planète.

Thomas : D'après les théories de l'époque, une géante comme Jupiter ne pouvait se former que loin de son étoile, là où il fait froid.

Thomas : Alors une géante collée à son étoile, avec une année de quatre jours, c'était une planète dont personne ne voulait.

Thomas : Aujourd'hui, on pense qu'elle se serait formée plus loin, puis qu'elle aurait migré vers l'intérieur.

Marie : Un Jupiter chaud, comme on dit.

Thomas : C'est le surnom qui est resté. Mais comment on voit une planète aussi loin ? Elle ne brille pas.

Marie : Justement, on ne la voit pas. On regarde l'étoile.

Marie : Quand une planète tourne autour d'une étoile, elle la tire un tout petit peu. L'étoile se met à osciller.

Marie : Et cette oscillation, on peut la mesurer dans la lumière de l'étoile, qui devient un peu plus bleue, puis un peu plus rouge.

Thomas : L'effet Doppler, comme la sirène d'une ambulance qui passe.

Marie : Exactement. C'est la méthode des vitesses radiales.

Thomas : Et l'autre méthode, celle dont on parle tout le temps ?

Marie : Le transit. Si la planète passe devant son étoile, elle en cache une petite partie, et la lumière baisse légèrement.

Marie : Le télescope spatial Kepler a surveillé environ cent cinquante mille étoiles de cette façon, et il en a trouvé des milliers.

Thomas : Et encore, il faut de la chance. La planète doit passer pile entre l'étoile et nous.

Thomas : Et pour une planète comme la Terre, devant une étoile comme le Soleil, la baisse est minuscule : moins d'un dix-millième.

Marie : C'est pour ça qu'on va dans l'espace.

Thomas : Des milliers, donc. Et aujourd'hui, on en est où ?

Marie : Plus de cinq mille exoplanètes confirmées. On pense même que la plupart des étoiles auraient au moins une planète.

Thomas : D'accord. Et c'est là que ça se gâte.

Marie : Comment ça ?

Thomas : Parce que chaque fois, on lit la même chose dans les journaux : une deuxième Terre découverte !

Thomas : Et quand on lit l'article jusqu'au bout, on apprend que la planète serait peut-être rocheuse, qu'elle pourrait avoir de l'eau, et qu'on n'en sait rien.

Thomas : Tout est au conditionnel. C'est de la science-fiction déguisée en information.

Marie : Tu y vas fort. Le conditionnel, c'est de l'honnêteté.

Thomas : Dans l'article, oui. Pas dans le titre.

Marie : Bon, sur les titres, tu n'as pas tort. Mais prenons des cas concrets.

Marie : Proxima b, découverte en deux mille seize, tourne autour de l'étoile la plus proche de nous, à un peu plus de quatre années-lumière.

Marie : Elle se trouve dans la zone habitable, c'est-à-dire la zone où l'eau pourrait rester liquide.

Thomas : Sauf que son étoile est une naine rouge qui envoie régulièrement des éruptions violentes. Si elle avait une atmosphère, elle l'aurait peut-être perdue.

Marie : Peut-être. Personne ne le sait encore.

Thomas : Tu vois, toi aussi tu parles au conditionnel.

Marie : Et TRAPPIST-un, alors ? Sept planètes de la taille de la Terre, autour d'une seule étoile, à une quarantaine d'années-lumière.

Marie : Plusieurs d'entre elles sont dans la zone habitable. C'est un système dont les astronomes rêvaient.

Thomas : Et les premières mesures du télescope James Webb suggèrent que les deux planètes les plus proches de l'étoile n'ont pas d'atmosphère épaisse.

Marie : Les plus proches, oui. Les autres, on attend.

Thomas : On attend toujours. C'est le problème.

Marie : Non, c'est la science ! Il y a trente ans, on ne savait même pas si ces planètes existaient.

Marie : Aujourd'hui, on pourrait bientôt analyser l'air d'une planète qu'on ne verra jamais.

Thomas : Ça, je te l'accorde, c'est vertigineux.

Thomas : Mais je voudrais qu'on arrête de vendre une Terre bis à chaque découverte.

Marie : Et si un jour, on détectait de l'oxygène et du méthane ensemble dans une atmosphère ?

Thomas : Alors là, je serais le premier à faire la une. Mais pas avant.

Marie : Tu es un rabat-joie qui rêve en secret.

Thomas : Au conditionnel, alors.

Marie : Toujours. Merci de nous avoir écoutés, et à bientôt !