Le Guatemala, des tapis aux volcans (B1)
Guatemala, from sawdust carpets to volcanoes — Carpets of coloured sawdust that a procession tramples in seconds, a lake inside a volcano, hand-woven huipils and bitter Maya chocolate. A traveller just back from Guatemala meets a friend who worries about tourism.
Thomas : … et au moment où la procession arrive, le tapis disparaît sous les pieds. Des heures de travail, envolées en quelques secondes.
Marie : Attends, Thomas. Personne ne sait de quoi tu parles, là.
Thomas : Pardon ! Bonjour à tous. Je rentre du Guatemala, et dans ma tête, je suis encore là-bas.
Marie : Ça se voit. Alors, on reprend depuis le début. Le Guatemala, c'est en Amérique centrale, juste au sud du Mexique.
Thomas : Et ma première étape, c'était Antigua. Une ancienne capitale coloniale, entourée de volcans.
Marie : Ancienne ? Pourquoi ce n'est plus la capitale ?
Thomas : À cause des tremblements de terre. En mille sept cent soixante-treize, une série de séismes l'a en grande partie détruite.
Thomas : Alors les autorités ont déplacé la capitale. C'est l'actuelle ville de Guatemala.
Thomas : Mais Antigua est restée, avec ses rues pavées, ses maisons jaunes et bleues, et ses églises en ruine.
Marie : Elle est classée au patrimoine mondial, non ?
Thomas : Depuis mille neuf cent soixante-dix-neuf. Et le matin, de ma chambre, je voyais le volcan de Fuego qui fumait.
Marie : Qui fumait ? Il est actif ?
Thomas : Très actif. Presque tous les jours, il crachait un petit panache de cendres.
Marie : Et ça ne te faisait pas peur ?
Thomas : Un peu, au début. Et puis on s'y habitue.
Marie : Bon. Et ton histoire de tapis, alors ?
Thomas : Ça se passe pendant la Semana Santa, la semaine sainte, juste avant Pâques.
Thomas : Les habitants fabriquent des tapis dans la rue, les alfombras, avec de la sciure colorée, des fleurs, des aiguilles de pin et des fruits.
Thomas : Ils travaillent toute la nuit, avec des pochoirs. Et le lendemain, la procession marche dessus.
Marie : Ils détruisent tout ? Exprès ?
Thomas : Exprès. C'est une offrande. L'idée, justement, c'est que ça ne dure pas.
Marie : C'est beau, mais ça me fend le cœur.
Thomas : En deux mille vingt-deux, l'UNESCO a inscrit la semaine sainte du Guatemala au patrimoine culturel immatériel.
Marie : D'accord, mais sois honnête. Il y avait combien de touristes autour de toi ?
Thomas : Beaucoup. Je ne vais pas mentir. Mais c'est un problème, pour toi ?
Marie : Voilà mon problème. Quand une fête devient un spectacle pour les touristes, elle perd son sens.
Thomas : Non, là, je ne suis pas d'accord. Les familles ne font pas ça pour nous. Elles le faisaient bien avant les touristes.
Marie : Aujourd'hui, peut-être. Mais dans vingt ans ?
Thomas : Dans vingt ans, elles le feront encore, j'en suis sûr.
Marie : Tu es bien optimiste. On verra.
Marie : Et après Antigua, tu es allé où ?
Thomas : Au lac Atitlán. Un immense lac au fond d'un ancien volcan, avec trois volcans tout autour.
Marie : L'écrivain Aldous Huxley en a parlé, non ?
Thomas : Exactement. Il le comparait au lac de Côme, mais avec des volcans en plus.
Thomas : Autour du lac, il y a des villages mayas. Chaque jour, je prenais un petit bateau pour aller d'un village à l'autre.
Marie : Et c'est là que tu as vu les huipils ?
Thomas : Partout. Le huipil, c'est la blouse traditionnelle des femmes mayas.
Thomas : Elle est tissée à la main, sur un métier attaché à la taille de la tisserande. Ça peut prendre des mois.
Thomas : Et chaque village a ses motifs et ses couleurs. Autrefois, on savait d'où venait une femme rien qu'en regardant son huipil.
Marie : Autrefois ? Et maintenant ?
Thomas : Souvent encore. Mais on voit de plus en plus de mélanges.
Marie : Et j'imagine que tu en as acheté un.
Thomas : Au marché de Chichicastenango. Il a lieu le jeudi et le dimanche, et c'est un des plus grands marchés du pays.
Marie : Mouais. Et ce huipil va finir au fond d'un placard, à Paris.
Thomas : Il est accroché au mur ! Et je l'ai payé directement à la femme qui l'a tissé.
Marie : Bon, ça, c'est mieux que les copies fabriquées en usine. Mais un huipil, ce n'est pas un déguisement. C'est une identité.
Thomas : Là, tu as raison. Le pays reconnaît officiellement vingt-deux langues mayas, comme le k'iche' ou le kaqchikel.
Marie : Vingt-deux ! Je n'en connaissais aucune.
Marie : Et tu n'as pas encore parlé de nourriture. Ça m'étonne de toi.
Thomas : J'y arrivais ! Tout commence avec le maïs. Il y avait des tortillas à tous les repas, avec des haricots noirs.
Thomas : Et mon plat préféré, c'était le pepián : un ragoût épicé, avec une sauce aux graines et aux piments grillés.
Marie : Ça me met l'eau à la bouche.
Thomas : Et le cacao ! Les Mayas buvaient déjà du chocolat il y a des siècles. Mais amer, sans sucre.
Marie : Sans sucre ? Non merci.
Thomas : Tu n'as jamais goûté. Quand tu goûteras, tu changeras d'avis. On parie ?
Marie : Bof. Moi, je garderai mon chocolat au lait.
Marie : Allez, la question qui fâche : tu y retourneras ?
Thomas : L'année prochaine, pour la semaine sainte. Et cette fois, j'aiderai une famille à fabriquer son tapis.
Marie : Et moi, je viendrai. Mais je resterai loin des foules de touristes.
Thomas : Tu en seras une, de touriste, Marie !
Marie : Touché. Une touriste qui râle, alors.