Le monde à vélo (B1)
The world by bike — Patagonia, the Pamir, the Rockies and the Loire: Thomas wants to cross the world with four bags strapped to a bike. Marie thinks a train and a hotel would do nicely. A debate on bikepacking.
Thomas : … et quand je me suis réveillé, il y avait un renard qui mangeait mon pain, juste à côté de la tente.
Marie : Attends, attends. Tu dormais dehors ? Toi ?
Thomas : Bonjour à tous. Oui, moi. Trois jours à vélo dans le Jura, le mois dernier.
Marie : Bonjour. Donc Thomas est devenu un aventurier. Et moi, je n'étais pas au courant.
Thomas : Ça s'appelle le bikepacking. Et c'est notre sujet du jour : le monde à vélo.
Marie : Le bikepacking, c'est pas juste du cyclotourisme avec un nom anglais ?
Thomas : Pas tout à fait. Avant, on voyageait avec de grosses sacoches sur les côtés, comme un âne.
Thomas : Avec le bikepacking, tu attaches des sacs plus petits directement sur le vélo : sous la selle, dans le cadre, sur le guidon.
Thomas : Le vélo reste léger et étroit. Du coup, tu peux quitter la route et prendre des chemins de terre, des pistes, des sentiers.
Marie : Et tu emportes quoi, dans tes petits sacs ?
Thomas : Le strict minimum. Une tente, un duvet, un réchaud, deux tee-shirts.
Marie : Deux tee-shirts pour trois jours. Je plains le renard.
Thomas : Très drôle. Bon, parlons des routes, parce qu'il y en a qui font rêver.
Thomas : La première, c'est la Carretera Austral, au Chili. Elle traverse la Patagonie du nord au sud.
Thomas : Plus de mille kilomètres entre les glaciers, les lacs et les forêts. Et pendant des heures, tu ne croises personne.
Marie : Et il pleut tout le temps, non ?
Thomas : Souvent, oui. Et il y a du vent. Beaucoup de vent.
Marie : Tu me vends mal ton paradis.
Thomas : Attends la deuxième. La route du Pamir, au Tadjikistan.
Thomas : On l'appelle parfois le toit du monde. Tu roules pendant des jours à plus de trois mille mètres.
Thomas : Et le col le plus haut dépasse quatre mille six cents mètres. Presque la hauteur du mont Blanc.
Marie : À vélo ? Mais on manque d'air, là-haut !
Thomas : Justement, c'est ça l'aventure. Tu avances lentement, tu respires mal, et le paysage est lunaire.
Marie : Franchement, Thomas, je ne comprends pas. Pourquoi souffrir autant ?
Marie : Si je veux voir la Patagonie, je prendrai le bus, et je regarderai par la fenêtre.
Marie : Je dormirai dans un lit, et je mangerai au restaurant. Et le soir, je serai de bonne humeur.
Thomas : Et tu ne verras rien.
Marie : Pardon ? Je verrai exactement le même paysage que toi.
Thomas : Non. Tu le verras derrière une vitre. À vélo, tu sens le froid, l'odeur de la forêt, la pente dans les jambes.
Thomas : Et surtout, les gens te parlent. Un cycliste avec une tente, ça intrigue tout le monde.
Marie : Mouais. Ou alors ils ont pitié de toi.
Thomas : Peut-être. Mais on t'invite à boire un thé, on te donne du pain…
Marie : Et le renard le mange.
Thomas : Tu vas me parler de ce renard pendant combien de temps ?
Marie : Toute l'émission. Bon, et les gens qui font le tour du monde ? Ça existe vraiment ?
Thomas : Bien sûr. Certains partent pendant des années, sans se presser.
Thomas : Et d'autres font la course. En deux mille dix-sept, un Écossais, Mark Beaumont, a fait le tour du monde en moins de quatre-vingts jours.
Marie : Comme dans le livre de Jules Verne ?
Thomas : Exactement, c'était l'idée. Sauf que lui, il pédalait environ seize heures par jour.
Marie : Seize heures ! Il avait le temps de regarder le paysage, lui ?
Thomas : Pas beaucoup, je te l'accorde. Ça, c'est du sport, ce n'est plus du voyage.
Thomas : Entre les deux, il y a la Tour Divide. Une course sans assistance, du Canada jusqu'à la frontière mexicaine.
Thomas : Plus de quatre mille kilomètres dans les montagnes Rocheuses, presque toujours sur des pistes.
Marie : Sans assistance, ça veut dire quoi ?
Thomas : Personne ne t'aide. Pas de voiture, pas d'équipe. Tu répares ton vélo et tu achètes ta nourriture toi-même.
Marie : Et il y a des ours, dans les Rocheuses.
Thomas : Il y a des ours, oui.
Marie : Donc un renard, c'était l'entraînement.
Thomas : Voilà. Tu commences à comprendre.
Marie : Non, je ne comprends toujours pas. Mais je veux bien essayer un petit truc.
Thomas : Sérieusement ?
Marie : Pas la Patagonie. Pas les ours. Quelque chose de plat, avec des hôtels.
Thomas : Alors la Loire à Vélo. Tu longes le fleuve, tu passes devant les châteaux, et c'est presque tout plat.
Thomas : Et le soir, tu dormiras dans un vrai lit, si tu veux.
Marie : Ça, ça me plaît. Mais c'est plus du bikepacking, alors.
Thomas : Ça dépend. Si tu prends un chemin de terre entre deux châteaux, ça compte.
Marie : Tu arranges les règles comme tu veux.
Thomas : Un peu. Mais c'est ça, le vélo : tu pars, et tu décides en route.
Marie : Moi, je déciderai avant. Avec une réservation.
Thomas : Et la tente ?
Marie : La tente, je te la laisse. Au renard aussi.