Comment les médicaments sont nés (B1)

How medicines were born — From chewed willow bark and viper-flesh potions to aspirin, Jenner's cows, Pasteur and penicillin. One host says the genius matters most; the other says nothing heals anyone until a factory makes it.

Thomas : … et donc, au Moyen Âge, tu as une fièvre terrible, tu vas chez l'apothicaire, et il te donne un morceau d'écorce à mâcher.

Marie : Une minute. On n'a même pas dit bonjour, et tu es déjà au Moyen Âge ?

Thomas : Pardon. Bonjour à tous ! Aujourd'hui, on raconte comment les médicaments sont nés.

Marie : Bonjour. Et donc, cette écorce, c'était quoi ?

Thomas : De l'écorce de saule. Le saule, c'est l'arbre qui pousse au bord des rivières.

Thomas : Depuis l'Antiquité, on savait qu'elle calmait la douleur et la fièvre. Les médecins grecs en parlaient déjà.

Marie : Et ça marchait vraiment, ou c'était un remède de grand-mère ?

Thomas : Ça marchait ! Et c'est là que l'histoire devient belle.

Marie : Attends, avant le saule, parle-moi des apothicaires. Qui étaient ces gens ?

Thomas : C'étaient un peu les ancêtres des pharmaciens. Ils préparaient les remèdes à la main, dans leur boutique, avec des plantes et des minéraux.

Marie : Et parfois avec des choses beaucoup moins appétissantes, non ?

Thomas : Ah oui. Il y avait un remède célèbre, la thériaque. On y mettait des dizaines d'ingrédients, et même de la chair de vipère.

Marie : De la vipère ! Je préfère le saule, merci.

Thomas : Le problème, c'est que chaque apothicaire avait sa recette. Tu ne savais jamais vraiment ce que tu avalais.

Marie : Ni la dose, j'imagine.

Thomas : Ni la dose. Et une plante, c'est comme le café : un peu, ça va ; beaucoup, ça peut te rendre malade.

Marie : Bon. Revenons à notre saule.

Thomas : Au dix-neuvième siècle, les chimistes cherchaient la substance active dans l'écorce. Ils l'ont trouvée, puis ils l'ont transformée.

Thomas : Et en mille huit cent quatre-vingt-dix-sept, un chimiste de l'entreprise allemande Bayer, Felix Hoffmann, a réussi à en produire une version pure et stable.

Thomas : Deux ans plus tard, elle arrivait dans les pharmacies sous un nom que tout le monde connaît : l'aspirine.

Marie : De l'arbre au cachet. C'est fou.

Marie : Mais moi, mon héros, ce n'est pas un chimiste. C'est un médecin de campagne anglais.

Thomas : Jenner ?

Marie : Jenner. À la fin du dix-huitième siècle, la variole tuait énormément de monde.

Marie : Et Jenner avait remarqué une chose bizarre : les femmes qui trayaient les vaches l'attrapaient rarement.

Marie : Parce qu'elles avaient souvent eu la vaccine, une maladie de la vache, beaucoup plus douce.

Thomas : Et là, il a fait une expérience assez risquée.

Marie : En dix-sept cent quatre-vingt-seize, il a mis un peu de vaccine dans le bras d'un garçon de huit ans. Quelques semaines après, il l'a exposé à la variole.

Thomas : Et le garçon n'est pas tombé malade.

Marie : Non. Et c'est de là que vient le mot vaccin : vacca, la vache, en latin.

Thomas : Chapeau, la vache.

Marie : Tu te moques, mais c'est le début de toute l'immunologie.

Thomas : Je ne me moque pas ! Mais Jenner ne savait pas pourquoi ça marchait. Celui qui va comprendre, c'est Pasteur.

Marie : Pasteur, notre star nationale.

Thomas : Pasteur a montré que beaucoup de maladies venaient de microbes, des êtres vivants minuscules.

Thomas : Et en mille huit cent quatre-vingt-cinq, il a essayé son vaccin contre la rage sur un petit garçon alsacien, Joseph Meister, qu'un chien avait mordu.

Marie : Et le petit a survécu.

Thomas : Il a survécu. Plus tard, il est même devenu gardien de l'Institut Pasteur.

Marie : Bon, et le plus célèbre de tous, c'est Fleming. La pénicilline, découverte par hasard.

Thomas : Alors là, attention. Le « par hasard », c'est un peu une légende.

Marie : Comment ça ? Il est parti en vacances, il a laissé ses boîtes au labo, et une moisissure a tué ses bactéries.

Thomas : Ça, c'est vrai. C'était en mille neuf cent vingt-huit, à Londres.

Thomas : Mais après, il ne se passe presque rien pendant dix ans. Fleming n'arrivait pas à en produire assez.

Thomas : Ce sont deux chercheurs d'Oxford, Florey et Chain, qui ont repris le travail, au début de la guerre.

Marie : D'accord, mais au départ, il y a l'œil de Fleming. Il fallait le voir, ce champignon !

Thomas : Je ne dis pas le contraire. Mais écoute ça.

Thomas : En mille neuf cent quarante et un, ils ont soigné un policier anglais. Après quelques jours, il allait beaucoup mieux.

Thomas : Et ils manquaient tellement de pénicilline qu'ils la récupéraient dans son urine pour la réutiliser.

Marie : Non ! Dans l'urine ?

Thomas : Dans l'urine. Et malgré ça, le stock s'est épuisé. Et le policier est mort.

Marie : Oh, c'est terrible.

Thomas : Voilà pourquoi, pour moi, la vraie révolution, c'est l'usine. Pendant la guerre, les Américains ont produit la pénicilline en énormes quantités.

Thomas : Avant, un remède, c'était de l'artisanat. Après, c'est devenu de l'industrie : la même dose, le même comprimé, partout.

Marie : Mouais. Tu mets l'usine au-dessus du génie. Je ne suis pas d'accord.

Thomas : Pas au-dessus. À côté. Une découverte qui reste dans un labo ne soigne personne.

Marie : Soit. Mais l'industrie a aussi apporté ses problèmes. Les prix, par exemple.

Marie : Et Fleming lui-même avait prévenu : si on utilise mal les antibiotiques, les bactéries apprendront à résister.

Thomas : Et il avait raison. Là, je te l'accorde.

Marie : Donc, qui gagne ? L'arbre, le génie ou l'usine ?

Thomas : L'usine. Je ne changerai pas d'avis.

Marie : Et moi, je garde Jenner et ses vaches.

Thomas : La prochaine fois que tu prendras une aspirine, tu penseras quand même à Bayer ?

Marie : Non. Je penserai au saule.

Thomas : Incorrigible. Merci de nous avoir écoutés, et à bientôt !