Premier contact : le son d'une langue (B2)
Arrival: the sound of a language — Villeneuve's Arrival: circular sentences with no beginning or end, alien voices built from whales and camels, and an Oscar for a Québécois sound team.
Marie : Thomas, en France, ce film de Denis Villeneuve s'appelle Premier contact. Au Québec, c'est L'Arrivée.
Thomas : Un film de science-fiction dans lequel l'héroïne n'est ni soldat ni pilote, mais linguiste.
Marie : Louise Banks, jouée par Amy Adams. Sa mission est de communiquer avec des extraterrestres.
Thomas : Les heptapodes. Leur écriture est sans doute ce que j'ai vu de plus beau au cinéma.
Marie : Ces cercles d'encre qu'ils projettent dans l'air ?
Thomas : Oui. Chaque cercle est une phrase entière, qui n'a ni début ni fin.
Marie : Ce qui voudrait dire qu'ils connaissent toute la phrase avant même de l'écrire.
Thomas : Exactement. Et c'est là que le film devient vertigineux : il repose sur l'idée que la langue qu'on parle transforme notre façon de penser.
Marie : L'hypothèse de Sapir-Whorf. Pourtant, beaucoup de linguistes la contestent, non ?
Thomas : Dans sa version forte, oui. Mais le film en fait une fiction, pas un cours. Si Louise apprenait vraiment cette langue, elle percevrait le temps comme eux.
Marie : D'où la structure du film, où les souvenirs et l'avenir se mélangent.
Thomas : Voilà. Et il y a un autre élément dont on parle trop peu : le son.
Marie : Les voix des heptapodes ? On dirait des baleines.
Thomas : Tu n'as pas tort. L'équipe du son a mélangé des chants de baleines, des ronronnements de chat et des cris de chameaux.
Marie : Des chameaux ! Pourquoi pas des sons électroniques ?
Thomas : Villeneuve voulait un son organique, vivant, qu'on ne pourrait pas associer à une machine.
Marie : Et ça a marché ?
Thomas : Le film a gagné l'Oscar du montage sonore. Et le responsable du montage sonore, Sylvain Bellemare, est québécois lui aussi.
Marie : Donc une partie de ce qu'on entend vient du Québec. Ça me plaît.
Thomas : Moi, je dirais que c'est un film qu'on devrait voir deux fois : une fois pour l'histoire, une fois pour le son.