Le record de l'heure, soixante minutes de vérité (B2)
The Hour Record, sixty minutes of truth — Merckx at altitude, a Scot who built his bike from washing-machine parts, a banned 'Superman' position, and a record set back twenty-eight years.
Marie : Thomas, quelle serait selon toi l'épreuve la plus simple du cyclisme ?
Thomas : Sur le papier, le record de l'heure : un vélo, une piste, soixante minutes, seul.
Marie : Pas d'adversaire, pas de tactique. Ça paraît presque ennuyeux.
Thomas : C'est précisément ce qui le rend terrible : il n'y a nulle part où se cacher. Eddy Merckx, qui l'a battu à Mexico en mille neuf cent soixante-douze, a parlé de l'effort le plus dur de sa vie.
Marie : Pourquoi Mexico ? On respire moins bien, en altitude.
Thomas : L'air, qui y est moins dense, freine moins le coureur, mais les poumons reçoivent moins d'oxygène.
Marie : Ensuite, le record est devenu une affaire de technologie ?
Thomas : Au début des années quatre-vingt-dix, l'Écossais Graeme Obree l'a battu deux fois, sur un vélo construit en partie avec des pièces de machine à laver.
Marie : Une machine à laver ! Sérieusement ?
Thomas : Sérieusement. Il a aussi inventé des positions de plus en plus étranges, dont l'une, les bras tendus devant lui, a été surnommée Superman.
Marie : J'imagine que les instances du cyclisme n'ont pas apprécié.
Thomas : Elles les ont interdites. En deux mille, l'Union cycliste internationale a même décidé que seuls les records battus sur un vélo comparable à celui de Merckx compteraient.
Marie : Ce qui revenait à effacer vingt-huit ans de progrès d'un seul coup !
Thomas : Chris Boardman, qui avait dépassé les cinquante-six kilomètres en position Superman, est remonté sur un vélo classique et n'a battu Merckx que de dix mètres.
Marie : Dix mètres ! Si j'étais Merckx, je le prendrais plutôt comme un compliment.
Thomas : Depuis, les règles se sont assouplies, et le record actuel, dont l'Italien Filippo Ganna est le détenteur depuis deux mille vingt-deux, frôle les cinquante-sept kilomètres.
Marie : Donc Superman est battu, mais avec un vélo autorisé.
Thomas : Oui, et c'est ce que je trouve beau : une même question, posée pendant cinquante ans, à laquelle chaque génération répond avec ses propres outils.